Printemps 1870

De Une correspondance familiale


Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à Marie Mertzdorff (Vieux-Thann)



Ma chère petite Marie

depuis longtemps je veux te remercier de tes bonnes lettres et de ton joli cadeau ; tu es bien gentille de t’être occupée de moi et je t’assure que tout ce qui est fait par mes deux petites nièces[1] m’est bien précieux.

Ton petit Jean[2] parle sans cesse de vous et plusieurs fois par jour promet d’être sage comme ses amies Marie Et Emilie mais il oublie vite ses promesses et vous répond : « Ce n’est pas ma faute, c’est mon caractère ».

Il a en ce moment une passion pour les fables ; il voudrait qu’on en lise toute la journée, aussi prend-il des phrases extraordinaires pour s’exprimer et il vous dit : « Ici se trouvent renfermés tous les trésors de la création, etc. » ce sont ses joujoux !!

Jeanne Brongniart vient tous les Mardis jouer avec ce jeune homme, et souvent dans le jardin ils font de bonnes parties mais en ce moment petit Jean ne sort pas n’étant pas encore tout à fait bien.

Marthe Pavet[3] vient d’avoir une petite angine qui a bien tourmenté sa grand-mère[4], elle va bien maintenant et recommence à voir ses frères et sœur ; du reste c’est une petite malade remarquablement sage, faisant tout ce qu’on lui dit et ne se plaignant jamais ; elle aime la lecture avec passion ce qui aide à passer le temps.

J’ai appris avec plaisir qu’il n’était pas encore tout à fait sûr que les Petites Berger[5] aillent en pension ; elles devraient bien tâcher de travailler avec courage afin de rester au Vieux-Thann avec vous, car ce sont de bonnes petites amies qui vous manqueraient beaucoup.

Il fait bien froid en ce moment, mais nous n’avons pas le droit de nous plaindre car la maison est chauffée.

Je ne sais pas si oncle Julien[6] vous a écrit qu’il reprenait des leçons d’anglais avec oncle Alphonse[7] ; deux fois par semaine ces Messieurs se réunissent pour cette grave occupation.

Tu te serais bien amusée il y a quelques jours si tu avais été avec nous. La semaine dernière. Imagine-toi qu’en conduisant Jean passer la journée à la monnaie je prends le passage du commerce et je fais remarquer à Jeannot un joli petit serin vert qui buvait dans le ruisseau et paraissait nullement sauvage ; en nous baissant nous aurions presque pu le caresser ; bientôt chacun s’arrête pour regarder cette jolie petite bête, un homme avec son chapeau le prend facilement et l’offre à Jean en lui disant : « tenez ma petite fille, vous paraissez très gentille et je suis sûr que vous serez très contente d’avoir ce petit animal ». En effet maître Jean était très satisfait de sa chasse et est arrivé très fier à la maison.

Adieu, mes deux chéries, il est tard, je vais aller me coucher et embrasse de tout mon cœur deux petites filles qui dorment en ce moment dans leurs jolis lits bleus.

tante Cala

Dis à ta petite sœur que sa fille[8] est chez le médecin et que je l’y ai renvoyée une seconde fois hier parce que les bras ne m’ont pas parus jolis.

Embrassez bien votre petite mère[9] pour moi

Bien des choses à Cécile[10].


Notes

  1. Marie et Emilie Mertzdorff.
  2. Jean Dumas.
  3. Marthe Pavet de Courteille.
  4. Sophie Silvestre de Sacy veuve de Charles Pavet de Courteille.
  5. Marie et Hélène Berger.
  6. Julien Desnoyers.
  7. Alphonse Milne-Edwards, époux d’Aglaé Desnoyers.
  8. Aglaé fait réparer à Paris les poupées des petites Mertzdorff.
  9. Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff.
  10. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Printemps 1870. Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à Marie Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Printemps_1870&oldid=43134 (accédée le 19 août 2022).

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