Mardi et mercredi, fin avril 1870

De Une correspondance familiale


Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa sœur Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)


original de la lettre fin avril 1870 pages1-4.jpg original de la lettre fin avril 1870 pages2-3.jpg


Ma chère petite Gla,

Que tu es donc toujours bonne et complaisante, il n'y a ici qu'une voix sur ton compte. Que de mal tu viens encore de te donner ces temps-ci pour m'organiser les costumes de mes fillettes[1] et particulièrement celui de ma petite Emilie pour lequel tu m'as tout envoyé d'une façon si complète. Il est vraiment délicieux et je me réjouis presque autant qu'elles de les voir sauter et danser Jeudi prochain. Les têtes sont empapillotées, les figures radieuses et les petits oripeaux tout prêts. Je regrette que tu ne puisses pas les voir ces 2 coquines.

Merci aussi pour l'arrangement de mes 2 robes, elles sont très bien toutes deux ; hier j'ai mis la violette avec mon manteau de fourrure pour aller faire 4 visites à Masevaux et Jeudi je mettrai la noire afin de laisser tout le reflet aux couleurs voyantes de la bande joyeuse ; tu vois que toutes deux serviront, ainsi merci encore pour la peine, car je sais combien tout demande de courses et de mal pour arriver à fin. Dimanche après le départ des Duméril[2] j'ai fait danser les fillettes, on m'avait joué une charade (à 7) j'étais seule à faire l'office de spectateur. Mais le plus gentil avait été pour les grands-parents le matin la scène d'Athalie et de Joas[3] récité par Marie et Emilie avec des costumes improvisés. Marie était réellement belle et digne en faisant la reine, et Emilie[4] si bien dans son rôle avec ses cheveux tombant relevés par un ruban bleu, une chemise de nuit blanche et le grand voile bleue en sautoir. On vous servira ce petit plat, c'est meilleur qu'une soirée au Palais Royal.

Quand je veux trouver du neuf à vous dire c'est toujours sur mes fillettes que je retombe, car c'est là réellement ce qui m'occupe le plus, le reste n'est que secondaire. En ce moment les leçons se ressentent des projets mondains, il y a de la distraction dans l'air et dans l'esprit des petites filles.

Le pauvre oncle[5] ne peut toujours quitter sa chambre ; c'est bien long et bien pénible.

Mercredi 1 h

Encore un bon petit mot de toi ce matin ; merci ma Gla pour tout le soin que tu apportes à l'arrangement des costumes de la maman et des fillettes. J'avais fait acheter par Mme Paul à Mulhouse des épingles rouges très ordinaires et je comptais enfiler les perles or de mon ancienne robe de bal pour garnir [d]'italienne, mais le collier rouge vaudra mieux. Je lui mettrai son petit collier de corail. Et pour Marie je lui mets les grosses perles blanches de Caroline[6] comme les nôtres, je pense que c'est toi qui as les nôtres.

Charles[7] est à Mulhouse, en rentrant il trouvera la lettre de Julien[8]. Je vais aller avec mes fillettes à Roderen distribuer les chemises qui ont dû être fabriquées depuis Noël et porter des images ; on fait la 1re communion dans 10 jours à Roderen. J'ai la maison bien calme, tout marche bien, c'est bien bon.

Adieu, ma Gla chérie, embrasse bien Maman[9], et remercie-la pour ses bonnes lettres et dis-lui que j'aimerais bien l'embrasser pour vrai maintenant, au mois de Juillet et au mois de Septembre mais je crains que pour maintenant nous ne puissions mettre notre projet à réalisation et alors notre séjour de l'été serait plus long mais ce n'est pas aussi agréable. Fais bien mes amitiés à Cécile[10] et compliments à M. Edwards[11]

Eugénie M.

Ma robe noire va parfaitement, un peu large, une excellente forme.


Notes

  1. Marie et Emilie Mertzdorff.
  2. Félicité Duméril et son époux Louis Daniel Constant Duméril, grands-parents des fillettes.
  3. Athalie, tragédie de Racine en cinq actes ; Joas est le petit-fils d’Athalie.
  4. Eugénie a écrit « Eliaine ».
  5. Georges Heuchel.
  6. Caroline Duméril, mère décédée de Marie et Emilie Mertzdorff.
  7. Charles Mertzdorff.
  8. Julien Desnoyers.
  9. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  10. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  11. Henri Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi et mercredi, fin avril 1870. Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa sœur Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_et_mercredi,_fin_avril_1870&oldid=41079 (accédée le 18 août 2022).

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