Mercredi 8 juin 1881 (A)

De Une correspondance familiale

Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel (Nancy) à son frère Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


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Nancy le 8 Juin 1881

(Mme E. Zaepffel[1])[2]

Mon cher Charles,

Nous sommes revenus à Nancy Samedi le 4 Juin, et ta lettre m’aurait bien de suite trouvée ici, si le Receveur des Postes, qui nous croyait encore à Colmar, n’avait pas renvoyé ta lettre en Alsace, laquelle a de nouveau été renvoyée à Nancy. Nous avons fait bon voyage, il a fait très chaud et nous n’avons pas pensé que c’était la veille de Pentecôte, de sorte que il y avait un monde fou, les secondes et 3mes, étaient bourrées de monde.

Je suis très heureuse de savoir ta fille Marie[3] en si bon état en sa qualité de nourrice. Cette femme qu’elle a en guise de bonne d’enfant, doit la soulager beaucoup, d’ailleurs je suppose que l’on donne au Bébé une ou deux fois par jour le biberon, afin de ménager un peu la petite mère-nourrice. Pourvu qu’elle ne se fatigue pas avec ses grands-parents[4], car Mme Duméril est très fatigante à avoir autour de soi. Quant à Mme Desnoyers[5], je l’ai trouvée une telle ruine à notre dernier voyage, que je suis étonnée qu’elle existe encore, pauvre femme a une triste vie, pour elle et son entourage.

Par cette température froide que nous avons depuis trois ou 4 jours, je souffre beaucoup de mon bras. J’ai vu des Dames qui me prédisent une cure complète de ma saison à Luxeuil, et quelques personnes ayant aussi été pour guérir d’affreux maux d’estomac et n’ont plus rien ressenti depuis, ainsi j’espère que mon pauvre mari[6] y laissera aussi ses vilaines crises d’estomac.

Je suis bien de ton avis pour ce que tu me dis de la petite Andrée[7], cette enfant est très gâtée ; elle fait de sa mère[8] et grand-mère[9] ce qu’elle veut, elle est bien décidée pour son âge et aime énormément la toilette, j’avoue que c’est celle que j’aime le moins des trois enfants[10] d’Élise. Je suis bien aise qu’enfin Charles devienne raisonnable et soit moins paresseux, sera-t-il temps encore de passer ses examens. J’avais écrit à l’oncle Georges[11] pour le prier de parler avec Mme Stackler[12] et de me guider pour mon projet de bail ; mais je suis tout aussi avancée qu’avant, aucun conseil, il me dit de te le demander. Que faire à présent, si j’avais  su avoir et donner autant d’ennui, certes j’aurais gardé mon logement, d’autant plus que tu parais regretter d’avoir Mme Stackler si près de ton voisinage, je l’ai bien pensé voilà pourquoi je t’en ai écrit deux ou trois fois, Edgar et moi ne comprenons pas pourquoi je ne dois pas faire un bail sérieux. Dans la lettre que Mme Stackler m’a écrite ou plutôt son projet de bail qu’elle m’a envoyé, tu aurais dû me l’apporter à Colmar, car je t’avais prié de me le renvoyer. Autant que je me rappelle, elle a l’air de dire que c’est à la société des [Actionnaires] que ce logement appartient maintenant. Si c’est ainsi qu’elle paye son loyer à qui de droit et que je suis débarrassée de ses tracasseries, car n’ayant ni cave, ni buanderie (du moins droit d’y laver) elle réclamera toujours, parce qu’elle me fait l’effet de savoir faire marcher son monde, son gendre[13] en tête, je vais écrire un de ces jours à cette chère Dame.

Le jour de notre départ il y a eu un très grand incendie à Colmar, un moment il y a eu une terrible panique, on croyait que l’épicier où a commencé le feu avait de la poudre dans la cave, heureusement qu’on en a été quitte pour la peur.

Il paraît aussi que ce même jour, nos chiens se sont disputés et que Georges[14] en voulant les séparer a été assez fortement mordu par l’un, au point qu’il a été de suite se faire cautériser pas notre médecin ; mais le lendemain la main malade allait déjà mieux et les chiens se portent tous très bien, ce qui nous rassure tous. Je suis vraiment étonnée de l’amour que Georges a pour ces chiens, car déjà une fois il a été mordu.

Adieu mon cher Charles je t’embrasse affectueusement ainsi que tes filles[15] quand tu leur écriras. Edgar me charge de ses bonnes amitiés pour toi.

Mille choses affectueuses de notre part à l’oncle et tante Georges[16].

Quel temps affreux pour le jour de la Saint-Médard.


Notes

  1. Émilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel.
  2. Mention ultérieure.
  3. Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville et mère de Jeanne.
  4. Félicité Duméril et son époux Louis Daniel Constant Duméril.
  5. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  6. Edgar Zaepffel.
  7. Andrée Bonnard.
  8. Élisabeth (Élise) Mertzdorff, épouse d’Eugène Bonnard.
  9. Caroline Gasser, veuve de Frédéric Mertzdorff.
  10. Andrée Bonnard a deux frères aînés, Charles et Pierre.
  11. Georges Heuchel.
  12. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  13. Léon Duméril.
  14. Georges non identifié, possiblement un domestique.
  15. Marie et Émilie Mertzdorff.
  16. Georges Heuchel et son épouse Élisabeth Schirmer.


Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Mercredi 8 juin 1881 (A). Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel (Nancy) à son frère Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_8_juin_1881_(A)&oldid=35247 (accédée le 8 août 2022).

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