Mercredi 8 juin 1881 (B)

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


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Mes lettres à papa depuis mon mariage[1]


Paris 8 Juin 81.

J’ai été bien heureuse hier, mon Père chéri, en lisant la bonne lettre qu’Émilie[2] venait de recevoir de toi ; il me tardait fort d’avoir de tes nouvelles. Je t’écris pendant que ma petite sœur se prépare à être sur la sellette ; son examen fameux a lieu cette après-midi et j’ai l’intention d’aller dans un instant voir comment elle s’en tire ; cette épreuve d’allemand l’amusait assez et elle se préparait hier à ne pas dire un mot de français à ses examinateurs ; elle s’imagine qu’elle sera toute seule.

Hier et aujourd’hui encore c’était le tour de Paule[3], mais pour un examen plus sérieux ; j’ai été la voir un peu hier après le dîner, elle n’était pas trop mécontente de ses compositions, ni trop fatiguée.

Je t’écris en compagnie de bonne-maman[4] contre toutes mes prévisions. Bon-papa et elle sont partis à 10h pour Saint-Prix[5] mais après avoir attendu longtemps ils n’ont pu trouver de place dans aucun omnibus et je les ai vu revenir à l’heure à laquelle ils devaient prendre le chemin de fer ; du reste le temps était fort laid et n’engageait pas à aller à la campagne. Bonne-maman est donc avec moi dans le petit salon et bon-papa est parti à la recherche d’un appartement ce qui est le but ordinaire de ses courses ; jusqu’à présent ils n’ont rien trouvé encore, c’est toujours la maison de la rue d’Enfer dont il était question avant ton départ, qui leur plaît le plus. Je vais tout à l’heure m’habiller pour aller faire les fameuses visites que j’ai manquées Mercredi dernier ; j’espère qu’aujourd’hui je ne mettrai pas pour rien mon beau chapeau et que la voiture sera plus [vaste] ; ce qui m’ennuie c’est qu’il pleut et que j’ai chance de trouver tout le monde. Ce soir nous dînons au Jardin.

Jeanne[6] se porte toujours très bien quoique un peu enrhumée, je viens de la peser mais nous n’arrivons plus à d’aussi beaux chiffres que dans le commencement ; on me dit que cela doit être ainsi mais j’aimerais mieux la voir augmenter davantage. Hier je l’ai emmenée au Jardin malgré le vent et la température assez fraîche ; tu vois que je suis raisonnable et que je ne la mets pas trop dans du coton. Hier aussi j’ai eu la visite de sœur Camille que j’ai été bien contente de revoir et qui a trouvé Jeanne en fort bon état.

Marcel[7] est très occupé ces jours-ci il veut avancer ses chemins de fer, il avait eu même un autre travail qui passait à la chambre et des affaires à régler pour sa mère[8], de sorte que je ne le vois au déjeuner qu’en courant.

Adieu, mon cher Papa, je t’embrasse de tout mon cœur comme je t’aime, bonne-maman me charge de toutes ses amitiés pour toi.

ta fille bien affectionnée

Marie


Notes

  1. Mention plus tardive.
  2. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  3. Paule Arnould.
  4. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  5. Saint-Prix où résident Paul Nicolas et son épouse Stéphanie Duval.
  6. Jeanne de Fréville.
  7. Marcel de Fréville.
  8. Sophie Villermé, veuve d’Ernest de Fréville.


Notice bibliographique

D'après l'original.

Pour citer cette page

« Mercredi 8 juin 1881 (B). Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_8_juin_1881_(B)&oldid=35248 (accédée le 13 août 2022).

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