Mercredi 28 octobre 1857

De Une correspondance familiale

Lettre de Caroline Duméril (Paris) à sa cousine Isabelle Latham (Le Havre)

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Paris 28 Octobre 1857

Que je suis bonne princesse!... c'est pourtant moi qui prends encore la plume la première, j'ai beau me promettre d'attendre je fais encore les avances ; pour la peine tu vas m'écrire et bien vite une longue lettre ; moi je voudrais avoir beaucoup de choses à te raconter malheureusement la bonne intention ne suffit pas ; depuis ton départ, ma journée la mieux remplie, comme distraction, a été celle d'hier où a eu lieu notre visite aux Tuileries. Je regrette que tu n'en aies pas profité car c'est assez curieux de voir ce palais où tant d'hommes et d'évènements se sont succédés ; il y a quelques salles très remarquables ; celle de la danse dont toutes les parois sont en glace et où on admire une magnifique statue en argent ciselé représentant l'abondance et offerte par la ville au premier empereur[1] ; celle des Maréchaux avec la galerie complète de tous ces grands hommes du temps de l'empire ; des fenêtres de ce salon le panorama qui se déroule à la vue est admirable ; les Tuileries, la place de la Concorde, les champs Elysées, l'arc de Triomphe, c'est magique ! et de l'autre côté cette admirable cour du Carrousel avec son nouveau Louvre. Ce qui t'aurait sans doute intéressée c'est la salle du Trône on est là à deux pas de cet endroit qu'aucun simple mortel ne profane et où siège notre Empereur[2] lorsqu'il dispose des destinées de notre France. Nous n'avons pu visiter les appartements particuliers et à la demande qu’en faisait mon oncle[3] un domestique a dit : sous l'autre roi qui y était avant, Monsieur, on y entrait mais maintenant, plus. Réponse pleine de philosophie et qui peint en deux mots la rapidité et le changement des choses de ce monde.

Dimanche, à dîner il y avait M. Lecointe un médecin, ami de mon oncle, qui est fort amusant et qui sait mille choses qu'il raconte d'une manière très agréable. Il y a aujourd'hui huit jours, à la même heure, tu étais près de moi, à écrire... ou peut-être bien à jaser, aujourd'hui nous sommes bien loin l'une de l'autre et pour longtemps, on a raison de le dire les jours se suivent sans se ressembler.

J'ai reçu ce matin une gentille et bonne lettre de Mathilde[4], dis-lui bien que cela m'a vraiment fait grand plaisir et embrasse-la bien fort de ma part pour la remercier.

J'ai été toute contente d'apprendre que le rhume de Lionel[5] était resté en route on pourrait lui dire à lui, n.i. ni... c'est fini ; un bon baiser aussi n'est-ce pas à ce cher petit bonhomme ; j'attends de voir s'il est aussi paresseux qu'il le dit et si vraiment il aura le cœur de ne pas m'écrire un pauvre petit mot ; j'ai reçu ce matin deux bonnes lettres de mes petites cousines Fröhlich[6] que cela lui soit de bon exemple.

Adieu ma chère Isabelle, tu me manques bien je t'assure car j'aimais beaucoup nos bonnes conversations et nos tête-à-tête. Présente mes souvenirs à Mlle Pilet[7] et reçois pour toi l'assurance que je t'aime du fond du coeur et serai toujours

Ton amie et cousine

Caroline

Il paraît que les Alfred[8] arrivent demain

Excuse le griffonnage mais je t'ai écrit très vite et te traite en amie, demande aux demoiselles Desnoyers[9] si ce n'est pas leur privilège de recevoir des lettres lisibles seulement pour un oeil ami.


Notes

  1. Napoléon Ier.
  2. Napoléon III.
  3. Auguste Duméril.
  4. Louise Mathilde Pochet.
  5. Lionel Henry Latham, jeune frère d’Isabelle.
  6. Adèle et Marie Fröhlich.
  7. Gouvernante chez les Latham.
  8. Alfred Pochet et son épouse Rosita Basañez.
  9. Eugénie et Aglaé Desnoyers, amies de Caroline.

Notice bibliographique

D’après l’original

Annexe

Mademoiselle Latham

Pour citer cette page

« Mercredi 28 octobre 1857. Lettre de Caroline Duméril (Paris) à sa cousine Isabelle Latham (Le Havre) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_28_octobre_1857&oldid=35144 (accédée le 1 juillet 2022).

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