Dimanche 8 novembre 1857

De Une correspondance familiale

Lettre de Caroline Duméril (Paris) à sa cousine Isabelle Latham (Le Havre)

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Dimanche 8 Novembre 1857

Tu m'as écrit une trop bonne lettre pour que je n'y réponde pas avant l'époque fixée, ma petite Isabelle, et puisque tu as envie d'avoir une causerie de ta vieille Crol, la voilà, je souhaite qu'elle te fasse plaisir. Tous les détails que tu me donnes sur ta vie m'ont fort intéressée et j'ai très bien pu lire et comprendre ton griffonnage que tu as accusé au-delà de ce qu'il méritait. Comme tu le pensais nous avons vu les Alfred[1], Dimanche dernier ; la soirée a passé bien vite et j'ai à peine causé avec Rosita, il y a toujours eu du monde avec elle et je ne lui ai pas parlé des chers Havrais[2] comme je l'aurais voulu ; aussi je n'ai absolument rien à te dire sur notre conversation.

Depuis que je t'ai écrit, ma vie s'est passée comme toujours. Dimanche, dans la journée, nous sommes allés à Vincennes voir un de nos très jeunes cousins qui est militaire ; à dîner il y avait nos cousins de Louisville[3] et les Pochet. Le matin Alphonse Duméril est venu à Paris et chez bon-papa[4] mais je ne l'ai pas vu. Cette semaine nous avons eu ma cousine Fröhlich[5] de Montataire pendant un jour et une nuit. Mes amies[6] sont venues aussi et ont passé une après-midi avec moi, je leur ai beaucoup parlé de toi ; elles ne reviendront que dans une huitaine de jours, je prétends que c'est de la coquetterie que de se faire désirer ainsi.

Mme de Sacy[7] est de retour, je suis allée hier chez elle mais sans la trouver. Nous avons eu Léon[8] pendant 2 jours pour la Toussaint ; il est bien occupé par son baccalauréat qui approche terriblement ; l'examen aura lieu avant 6 semaines mais n'en parle pas car si il échoue comme c'est bien possible puisque c'est son premier examen, il vaut mieux que chacun ne connaisse pas cet échec ; mais je t'avoue que cela me préoccupe beaucoup. Aujourd'hui, Adèle[9] a une amie qui passe la journée chez elle ; lorsqu'elles sont ensemble elles sont aussi animées qu'avec Mathilde[10], aussi vais-je aller de bonne heure pour tâcher de les mettre un peu en mouvement.

Nous voilà encore en deuil ; ma cousine de St Omer[11] qui était si cruellement malade depuis un an est morte cette semaine comme cette pauvre Mme Maneyre dont tu m'avais parlé. Elle souffrait tant que la mort a été presque une délivrance mais ses pauvres enfants !

Je vois que depuis ton retour, ton temps a été bien employé et qu'il le sera activement aussi tout cet hiver ; au reste je t'en félicite car c'est une des grandes jouissances de la vie, je trouve, que d'avoir beaucoup de choses à faire.

Je te remercie de me dire et les gens que tu as vus et ceux que tu comptais voir, cela me fait vivre un peu au milieu de vous et tu comprends que c'est une grande jouissance. Tu me dis que le colonel Prudhon a dîné chez vous mais puisque tu n'ajoutes pas qu'il y a dormi, j'en ai conclu qu'il était bien loin d'Emile[12] ; était-il aussi aimable que le jour où j'ai eu l'honneur d'être auprès de lui et de jouir de son amabilité sans en comprendre tous les charmes.

Je conçois que dans les soirées où il n'y a que des messieurs comme chez la tante Céline[13], tu ne dois pas avoir un plaisir extrême ; comme tu le dis, il vaut mieux moins de monde et une oreille amie dans laquelle on puisse bavarder comme au Jardin des Plantes ; moi aussi j'y repense à cette bonne soirée, je t'assure et je trouve dur de penser qu'il s'écoulera 6 mois avant que nous en ayons une semblable.

Puisqu'Emile a maintenant un si joli cheval, vous devez regretter doublement que tu n'aies plus le tien ; jusqu'à quand en seras-tu privée ?

Cette pauvre Mathilde est donc bien enrhumée, que c'est ennuyeux ! Alfred croit qu'elle ne viendra pas à Paris, les projets sont donc changés. Tu sais que j'ai suivi mon idée pour le petit médaillier, dis-moi je te prie si la pauvre enfant n'aura pas trouvé ma lettre bien sérieuse.

Voilà encore un griffonnage vraiment peu déchiffrable. Dis, s'il te plait, à Tavenor que Glen Luna Family[14] m'a intéressée et que je l'en remercie beaucoup, je t'engage à le lire, je crois que cela t'amusera.

Puisque je n'ai pas fait attention au temps marqué pour ma réponse, tu imiteras mon exemple, je l'espère, et j'attends bientôt une bonne lettre timbrée du Havre.


Notes

  1. Alfred Pochet et son épouse Rosita Basañez.
  2. Les enfants mariés de feu Michel Delaroche vivent au Havre.
  3. Aristide Vatblé et son épouse.
  4. André Marie Constant Duméril.
  5. Eléonore Vasseur, épouse d’André Fröhlich.
  6. Eugénie et Aglaé Desnoyers.
  7. Cécile Audouin, épouse d’Alfred Silvestre de Sacy.
  8. Léon Duméril, frère de Caroline.
  9. Adèle Duméril, cousine de Caroline.
  10. Louise Mathilde Pochet.
  11. Zénaïde Loisel, seconde épouse de Constant Duméril.
  12. Emile Pochet.
  13. Céline Oberkampf, épouse d’Henri Delaroche.
  14. The Glen-Luna Family, par l’écrivaine américaine Susan Bogert Warner [pseudonyme: Elisabeth Wetherell] (1819-1885).

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 8 novembre 1857. Lettre de Caroline Duméril (Paris) à sa cousine Isabelle Latham (Le Havre) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_8_novembre_1857&oldid=39704 (accédée le 22 mai 2022).

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