Mercredi 28 avril 1915

De Une correspondance familiale

Lettre d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (Les Lecques)

original de la lettre 1915-04-28 pages 1-4.jpg original de la lettre 1915-04-28 pages 2-3.jpg


29, RUE DE SEVRES. VIE[1]

28 Avril

Mon cher Louis,

Tu es plus loin de nous que tes autres frères[2], car nous ne savons vraiment rien de toi. Je croyais ton départ prochain et n'ai pas osé te renvoyer des lettres arrivées depuis Lundi. Il y en a une de Dagens, une carte de Corpet[3]. As-tu reçu mon paquet ? je l'ai envoyé en gare de Saint-Cyr ayant constaté dans l'annuaire des communes qu'il n'y avait pas de service de colis postaux pour les Lecques. Je pense que l'hôtel a un service organisé avec la gare.

Ta dernière lettre est passée par Brunehautpré, ne t'avais-je donc pas expliqué que la première communion d'A. M.[4] était avancée à demain 29 parce qu'elle la fait à la Madeleine ? et j'aurais d'ailleurs été bien incapable de partir Vendredi dernier. Je ne le pourrai même pas Vendredi prochain, comme j'en avais l'intention, parce que je suis de nouveau dans mon lit depuis hier. J'ai même assez peur de ne pouvoir assister à la messe de première communion.

Nous avons de très intéressantes lettres de Jacques[5] des 21, 23 et 25. Il s'est trouvé dans la terrible canonnade du 22 ; Laraison y a perdu son projecteur mais a sauvé sa voiture et ses gens. Jacques ne prenait pas part au combat et a reçu l'ordre de se retirer en arrière de Poperinghe avec la batterie contre aéronefs à laquelle il est attaché. Les marmites sont tombées à quelques mètres de leur cantonnement. Jacques faisant sans doute allusion à la panique dont il a été témoin dit qu'il a vu de tristes choses. Malgré tout cela, il trouve cette vie d'aventures plus intéressante que celle de la caserne.

Tes petites cartes pour A. M. et Suzette[6] sont arrivées aujourd'hui et leur ont fait beaucoup de plaisir. Je n'ai pu, avec tous mes jours de repos, m'occuper d'un cadeau pour les oncles[7] ; tu feras cela toi-même en revenant ce qui ne fera pas moins de plaisir à l'intéressée, elle ne se formalisera nullement du retard.

Nous n'avons pas reçu de dépêche de toi en réponse à la nôtre. Cela signifie-t-il que tu as quitté les Lecques[8] ou que tu es seulement en excursion ?

Nous t'embrassons tendrement

EM


Notes

  1. En-tête imprimé.
  2. Jacques, Michel et Pierre Froissart.
  3. Jean Corpet.
  4. Anne Marie Degroote.
  5. Jacques Froissart, frère de Louis.
  6. Suzanne Degroote, petite sœur d’Anne Marie.
  7. Cadeaux offerts par ses oncles à Anne Marie Degroote pour sa communion.
  8. Aux Lecques auprès du linguiste et philologue Jean Psichari ?

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 28 avril 1915. Lettre d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (Les Lecques) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_28_avril_1915&oldid=52463 (accédée le 8 août 2022).

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