Mercredi 23 mai 1883

De Une correspondance familiale

Lettre de Louis Daniel Constant Duméril (Paris), à son neveu Georges Duméril (Émalleville dans l'Eure ?). Il s'agit possiblement d'une copie faite par son épouse Félicité Duméril


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23 Mai 1883[1]

C’est à Clotilde[2] que je comptais adresser cette lettre comme à l’aînée de la famille mais craignant que les de Torsay vous aient déjà quittés, j’ai trouvé plus prudent de m’adresser à vous[3]. Quelle est donc la nouvelle qui requiert de semblables formalités ? c’est celle du projet de mariage de notre chère petite Émilie[4]. Les émotions de toute nature ne lui auront pas manqué cette année[5] à notre bonne petite-fille bien aimée. Commençons par le vilain côté de la chose, son fiancé[6] est militaire : capitaine d’Artillerie en garnison à Lille : elle devra donc quitter sa chère tante Aglaé[7], sa sœur[8], nous[9], toutes ses relations et amitiés. M. Froissart (notre futur petit-fils) avait déjà fait sonder le terrain, il y a deux ans, mais on ne l’avait pas beaucoup écouté à cause de sa carrière, mais enfin les amis communs sont si bien revenus à la charge, qu’on s’en est occupé, qu’en cherchant des renseignements on en a trouvé de bien des côtés par des personnes dans lesquelles on a la plus grande confiance et qu’ils ont tous été si satisfaisants et si unanimement les mêmes par des personnes qui l’ont suivi depuis bien des années qu’il a bien fallu s’occuper de sa demande. Mme Edwards en a parlé à M. Mertzdorff[10] qui approuvait complètement cette idée et qui aurait voulu qu’on pût avancer les choses, mais Émilie qui ignorait tout, était trop occupée de son père pour qu’on en vînt lui donner de nouvelles émotions et ce n’est qu’il y a quelques semaines qu’on lui en a parlé. On a ménagé quelques entrevues sur terrain neutre en présence de la seule Aglaé et là ils ont pu causer de tout ce qu’ils pensent dans les choses sérieuses de la vie, elle a pu le questionner si intimement et il a mis tant de franchise et de naturel dans ses réponses qu’il lui a plu entièrement. Elle n’a pourtant pas voulu s’engager trop vite car il lui était bien pénible de quitter ainsi famille, amis, et habitudes, mais elle s’est sérieusement attachée à lui et elle a dit son Oui  il y a eu lundi huit jours : il nous avait été présenté le matin de ce jour-là et il nous plaît beaucoup, il est grand comme moi, il n’est pas joli garçon de figure, sans être laid, loin de là, mais il a une charmante physionomie ouverte, franche, animée, pas la moindre prétention ; on se trouve de suite à l’aise avec lui parce qu’il se livre aussi tout entier. C’est un travailleur, naturellement il a passé par l’école polytechnique et l’école d’application : étant un garnison à Douai, il y a fait son droit : aujourd’hui il est secrétaire de son colonel[11]. Il est fils unique, ses parents[12] qui sont du même âge (69 ans) sont riches propriétaires près d’Hesdin, ils habitent sur leurs terres qu’ils ont longtemps fait valoir eux-même, ils vivent dans la plus grande simplicité et y ont élevé leur fils qui pendant bien longtemps ne s’est pas douté qu’il était riche. Sa fortune est en terre, celle d’Émilie en valeurs mobilières : tous deux comptent en faire le plus noble emploi. Le père pour demander la main d’Émilie pour son fils Damas (ce nom n’est pas ordinaire) a écrit une lettre remarquable par les sentiments qu’elle exprime et la manière dont elle le fait. On sent par la délicatesse qui y règne que c’est un homme d’un esprit très distingué. Le mariage ne pourra avoir lieu qu’au mois de Septembre d’abord pour laisser écouler six mois après la mort de M. Mertzdorff et puis parce que M. Alphonse Edwards[13] va s’embarquer pour trois mois Juin, Juillet, et Août pour aller sonder la mer sur la côte occidentale d’Afrique[14], ce qui ne le réjouit que médiocrement d’autant moins qu’il laisse son père[15] dans un état de santé assez chancelant et qui mériterait des précautions qu’il ne veut pas prendre et un repos dont il ne veut pas entendre parler.        


Notes

  1. Lettre incomplète, sans formules finales ni signature, possiblement recopiée.
  2. Clotilde Duméril, épouse de Charles Courtin de Torsay.
  3. Cette lettre est adressée, d'après des indications de la famille, à Georges Duméril, époux de Maria Lomüller (plutôt qu'à son frère Paul Duméril, époux de Marie Mesnard).
  4. Émilie Mertzdorff.
  5. En particulier la maladie puis la mort de son père Charles Mertzdorff début mars.
  6. Damas Froissart.
  7. Aglaé Desnoyers, épouse d'Alphonse Milne-Edwards (« Mme Edwards »).
  8. Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville.
  9. Félicité Duméril et son époux Louis Daniel Constant Duméril.
  10. Charles Mertzdorff.
  11. Le colonel d'artillerie Narcisse Casimir Merlin (1824-1912), qui sera son témoin de mariage ?
  12. Joseph Damas Froissart et Aurélie Parenty.
  13. Alphonse Milne-Edwards.
  14. Un voyage d'exploration scientifique.
  15. Henri Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Mercredi 23 mai 1883. Lettre de Louis Daniel Constant Duméril (Paris), à son neveu Georges Duméril (Émalleville dans l'Eure ?). Il s'agit possiblement d'une copie faite par son épouse Félicité Duméril », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_23_mai_1883&oldid=53475 (accédée le 18 août 2022).

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