Mercredi 22 décembre 1875

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1875-12-22 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-12-22 pages 2-3.jpg


Paris le 22 10bre 1875.

Mon bon petit père chéri,

Je reçois à l’instant ta bonne petite lettre sur laquelle je ne comptais pas ayant reçu de tes nouvelles hier et qui par conséquent me fait doublement plaisir. J’espère que ce rhumatisme de bon-papa[1] ne va pas le faire souffrir trop longtemps et que ce ne sera rien de grave non plus que le rhume de bonne-maman[2] car c’est un mal général en ce moment.

Que c’est ennuyeux de ne pas te voir encore mon papa chéri ; je t’assure qu’à ce point de vue-là ta lettre est loin de nous avoir fait plaisir je comprends cependant que tu ne puisses pas t’absenter ces jours-ci et je compte bien que ce que tu nous prends en ce moment tu nous le rendras avec de forts intérêts à la fin de ton séjour tu sais aussi que bon gré, mal gré, il faut que tu sois avec nous pour commencer l’année nous ne voulons pas la commencer sans toi.

Il faut maintenant que je te parle un peu de ma journée d’hier. Je croyais comme tu sais que ces Messieurs[3] nous feraient aussi faire l’oral exactement comme à l’examen mais probablement que cela qu’il ne leur est pas permis de faire de vrais simulacres ce qu’oncle[4] croyait bien et ils se sont bornés à nous rendre en nous expliquant toutes nos fautes les devoirs que nous avions fait en nous donnant des points il n’y aurait eu que Marthe T.[5] et moi de reçues maintenant je crois qu’ils ont été plus sévères pour nos notes qu’ils ne le sont au Luxembourg ils nous l’ont dit eux-mêmes. J’ai fait 1 faute ¼ dans ma dictée ce qui m’a fait 7 points sur 10, pour l’arithmétique 8 mon problème était bon à ma grande surprise et la théorie bien aussi ; pour l’histoire écrite il m’a fait des compliments et après m’avoir dit sur tous les tons que c’était bien & il me met une note plus mauvaise qu’aux autres c’est un mystère qui a semblé confondre tout le monde et dont nous aurons peut-être l’explication aujourd’hui du reste cela m’est égal puisque j’aurais tout de même le nombre de points nécessaire et je crois qu’il a pu se tromper car c’est après avoir tout corrigé qu’il a mis ses notes et il a pu se tromper de devoir. Cette pauvre Marie Gastaldi aurait été refusée pour l’orthographe.

Te voilà bien au courant mon bon petit père de nos actions d’hier celles d’aujourd’hui ne sont pas encore bien nombreuses ; nous venons de déjeuner, M. Edwards[6] vient de partir pour son conseil de l’instruction [ ] qu’il a en ce moment et qui le fatigue beaucoup ; ce matin il n’en pouvait plus et était enrhumé il faut dire qu’il avait passé toute sa nuit à faire un rapport qu’il ne s’était couché qu’à 4h ½ et qu’à 9h il était en bas. Oncle va venir nous prendre dans un instant car c’est avec lui que nous irons au cours ; tante[7]de ayant bien des choses à faire à cause de l’absence de François[8] qui est toujours dans son lit ne viendra nous rejoindre que plus tard. Lundi nous avons été au cours comme d’habitude tu vois que notre semaine s’est passée en fréquentes courses rue du Bac. Demain nous n’avons pas de leçon au dehors. Hortense[9] viendra peut-être dîner avec nous ; son frère Raymond[10] est toujours malade et vient encore de prendre un congé de 2 mois pour aller dans le midi c’est vraiment désolant.

Ce soir je vais enfin retourner à ma leçon de danse[11] que je n’ai pas eue depuis 15 jours car tous ces 2 derniers Mercredi nous avions des petits examens faits par ces dames[12] auxquels je ne sais si je te l’ai dit, Marthe et moi avons eu de très bonnes notes.

A revoir mon père chéri, il est 11h moins ¼ nous partons à 11h et je ne suis pas habillée et mes affaires ne sont pas apprêtées je t’embrasse donc bien vite et surtout bien fort en te demandant pardon de cette écriture horrible.

Ta fille qui t’aime
Marie Mertzdorff


Notes

  1. Louis Daniel Constant Duméril.
  2. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  3. MM. Lemant et Amédée Pitolet.
  4. Alphonse Milne-Edwards.
  5. Marthe Tourasse.
  6. Henri Milne-Edwards.
  7. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  8. François, domestique chez les Milne-Edwards.
  9. Hortense Duval.
  10. Raymond Duval.
  11. Leçon de danse avec M. Fischer.
  12. Les dames du cours.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 22 décembre 1875. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_22_d%C3%A9cembre_1875&oldid=51971 (accédée le 1 juillet 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.