Mardi 9 avril 1878

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1878-04-09 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-04-09 pages 2-3.jpg


Paris 9 Avril 1878.

Mon Père chéri,

Comme tu es bon de nous écrire si souvent aussi je n’ai pu m’empêcher de rougir ce matin en ouvrant ta lettre et en voyant ces 4 grandes pages si bien remplies ; je pensais à la petite ordure que je t’ai envoyée avant-hier et j’étais fort confuse de n’avoir pas encore réparé ma précipitation. Je ne sais vraiment comment le temps passe, les jours s’envolent sans qu’on n’arrive jamais à faire une partie de ce qu’on voudrait, c’est désolant ; je ne puis croire que Lundi nous serons déjà au 15 Avril il me semble que ce mois vient de commencer. Puisque je te parle de ce que j’ai peine à comprendre et de ce qui me terrifie et que la date au 15 Avril se présente il faut que je te dise combien l’âge imposant que je vais avoir m’étonne et m’effraie ! Je voudrais bien encore être à mes 18 ans ! mais entrer dans sa 20ème année ! c’est affreux, surtout quand on y entre avec un aussi mince bagage de sagesse et de raison que ta fille ! Espérons que les 19 ans auront des fruits plus heureux que les 18. Mais assez de réflexions de ce genre j’ai peur que Mme Lima[1] arrive et que ma lettre ne reste dans mon buvard si je ne me dépêche pas un peu, car tu sais qu’une fois que la bonne dame est ici il est difficile de la faire partir.

Nous avons toujours Mme Camille T.[2] et ses deux petits garçons qui sont ravissants et qui nous amusent énormément. Henri est toujours très joli mais il est devenu de plus parfaitement sage de sorte qu’il ne laisse rien à désirer.

… Hélas mes prévisions se sont accomplies ; comme je me mettais à t’écrire Mme Lima arrive nous voilà depuis plus d’une heure et demie avec elle aussi je viens de lui demander la permission de terminer ma missive pendant qu’Emilie[3] se débat dans une longue tirade de Schiller. Nous avons eu aussi tout à l’heure la visite de Mme Gastambide[4] et d’Adrienne qui a toujours une mine affreuse.

Hier j’ai été au cours de dessin[5] et j’ai fini ma Muse. M. Flandrin ne l’a pas trouvée mal mais seulement j’aurais pu y travailler longtemps encore.
En sortant nous avons été faire visite à Mme Bussy[6], Mlle Gosselin[7] se mariera le 7 Mai.

Demain nous irons chez nos amies ; le soir Mme Camille partira, elle emmène sa belle-mère[8] avec elle.

Nous avons toujours de bonnes nouvelles de Cannes[9]. Jean cependant a souvent mal à la tête.

Je vais te quitter, bien à regret mon Père chéri, je crois qu’il serait inconvenant de m’absenter plus longtemps, je t’embrasse de tout mon cœur comme tu sais que je t’aime.

ta fille
Maire


Notes

  1. Mme Lima, professeur d’allemand.
  2. Louise Ida Martineau, épouse d’Antoine Camille Trézel et mère de Henri et Félix Jean Trézel.
  3. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  4. Emilie Delaroche, épouse d’Adrien Joseph Gastambide et mère d’Adrienne Gastambide.
  5. Professeur de dessin : Paul Flandrin.
  6. Probablement Anne Adélaïde Baudouin, épouse d’Antoine Alexandre Brutus Bussy.
  7. Adrienne Gosselin va épouser Emile Hyacinthe Chauffard.
  8. Antoinette Julie Garnier, veuve de Pierre Félix Trézel.
  9. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas et son fils Jean Dumas séjournent à Cannes, ainsi que Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille et sa fille Marthe.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 9 avril 1878. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_9_avril_1878&oldid=41064 (accédée le 14 août 2022).

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