Mardi 4 juillet 1871 (A)

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie et Emilie Mertzdorff et d’Eugénie Desnoyers (Montmorency) à leur père et époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


(N°13[1])

c'est-à-dire la treizième lettre qui part de Montmorency et naturellement celles de Paris qui je crois ne sont qu'au nombre d'une ou deux.

Montmorency 4 juillet 1871

Mon cher papa,

C'est moi qui prends la plume pour te dire rien du tout, si ce n'est que nous t'aimons toujours et pensons bien à toi. Je suis bien contente que tu aies reçu ma seconde lettre ; je n'en ai encore écrit que 3, sans compter celle-là.

Hier tante[2], au lieu de s'en aller, est restée toute la journée, madame Dumas[3] est venue pour ... (Comme je réfléchissais tranquillement à ce que j'allais mettre, Emilie[4] est arrivée et m'a taquinée et fait deux pâtés ; cette une vilaine, moi qui prenais tant de précautions...)

Je continue ma phrase interrompue pour déjeuner. Nous avons joué au volant, cueilli des groseilles, et surtout bien cousu, Tante[5], la machine, et moi nous avons confectionné une petite robe de pauvre ; tante m'en a laissé une, pas faite du tout, et ce matin je viens de la faufiler et arranger (toute seule) pour que maman[6] fasse à la machine ce qu'on peut, j'arrangerai le reste. Tu vois que je travaille. Ensuite nous avons reconduit ces deux dames[7], ainsi que Mme Prévost, qui sont parties par le train de 4h 42 minutes. Au lieu de rentrer directement, maman nous a emmenées faire un long tour d'une heure dans les bois, ce que l'on fait ordinairement en deux ou trois heures ; nous nous sommes bien amusées. Nous sommes rentrées pour dîner, avons balayé nos lapins, et sommes venues nous coucher, ce que nous faisons souvent assez tard.

Emilie a reçu ta lettre, elle t'en remercie et en est bien contente, elle t’a écrit le matin avant de la recevoir. Elle a aussi reçu une lettre d'Hélène Berger ; comme tu dis elles vont toutes bien. Emilie est en train de lui répondre. Ta lettre d'hier nous a fait beaucoup de plaisir, nous te remercions bien de nous écrire, ainsi nous recevons de ces chères lettres presque tous les jours nous espérons bien en recevoir une aujourd'hui.

Je n'ai absolument rien à te dire si ce n'est toujours la même chose. Nous pensons aller Jeudi à Paris et revenir Vendredi, Tante nous y a beaucoup engagées.

Adieu, cher père, Emilie me prie de lui réserver une place je t'embrasse bien bien fort et suis ta petite Marie qui t'aime beaucoup.

Maman te fait dire qu'elle t'embrasse bien et que comme elle n'a rien de particulier à t'écrire aujourd'hui c'est ma lettre qui te portera les amitiés de toute la famille.

Cécile[8] te fait bien remercier de penser à elle et te fait dire bien des choses.

Midi. Tout ton petit monde va bien, le temps varie du soleil à la pluie ; la bonne-maman'[9] et les petites sont après leur foin... j'entends Marie crier avec désespoir « Il pleut ! » Les journaux t'auront porté le résultat des élections'[10] qui n'est qu'à moitié satisfaisant, le succès de l'emprunt est plus réel'[11]'. Il y a plus de richesse en France que de têtes sages. Nous passons une bonne petite journée de travail avec maman qui jouit bien de nous avoir, si seulement je pouvais me partager entre toi et elle. J'espère pour ce soir de tes bonnes causeries. Amitiés. E.M.   

Entre deux parties de volant je viens te dire un petit bonjour. Je fais 20 30 coups de suite. Le vent emporte le foin dans les rosiers. Adieu, père chéri, Je retourne jouer au jardin.

Ta petite Founichon


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Amable Target, veuve de Constant Prévost, grand-tante de Marie Mertzdorff.
  3. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  4. Emilie Mertzdorff (Founichon), sœur de Marie.
  5. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  6. Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff.
  7. Aglaé Milne-Edwards et sa belle-sœur Cécile Dumas.
  8. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
  9. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  10. Les élections partielles de juillet marquent la victoire des républicains.
  11. Le premier emprunt lancé pour régler l’indemnité de guerre à l’Allemagne est largement couvert.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 4 juillet 1871 (A). Lettre de Marie et Emilie Mertzdorff et d’Eugénie Desnoyers (Montmorency) à leur père et époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_4_juillet_1871_(A)&oldid=41001 (accédée le 8 août 2022).

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