Mardi 24 avril 1917

De Une correspondance familiale

Lettre de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (au front)

original de la lettre 1917-04-24 pages 1-4.jpg original de la lettre 1917-04-24 pages 2-3.jpg


29, RUE DE SEVRES, VIE[1]

Paris

Le 24/4 17

Mon cher Louis,

Enfin après 7 jours de route ta lettre du 17 courant nous arrive : elle ne nous dit pas que tu sois parmi les heureux qui ont atteint le « chemin des Dames » et qui repoussent les attaques boches quotidiennes vers la ferme Hurtebise[2] et le plateau de Vauclerc X

X mais plus à l’ouest on a gagné du terrain depuis que tu m’as écrit, et l’on marche vers la terre promise si tel est le « chemin des Dames ». A l’Est il ne semble pas que Craonne soit occupé par nous jusqu’ici.

En tous cas tu ne presses pas de gagner la région où la carte que je t’ai envoyée ne suffira plus à ton essor.

J’attends que je puisse reprendre mes bottines (je vais mieux d’ailleurs) pour aller extorquer la carte de Rethel au dépositaire obligeant de qui j’ai obtenu les dernières cartes.

Nous sommes heureux de savoir que, le 17, tu allais bien et que tu étais réjoui par les petits souvenirs pratiques de ta mère[3]. On vient de mettre à la poste, à ton intention, une boîte contenant du beurre de Dommartin et 2 œufs je crois.

Depuis 2 jours, nous savons que Pierre[4] a rappliqué vers l’ouest, avec une batterie très entraînée et par étapes, passant à côté des caterpillars[5] de Jacques[6] le lendemain du jour où celui-ci était parti chercher une section nouvelle à Dijon : il ne savait pas encore jusqu’où il marcherait de l’Est à l’Ouest. Il paraissait plein d’entrain.

Nouvelles de Jacques qui n’a pas trouvé de [fait] bonnes routes dans votre arrière.

Je viens de m’abonner pour 3 mois à « l’officiel[7] » à ton intention c'est-à-dire pour avoir chance de voir passer la circulaire qui pourra t’intéresser si, comme je le pense, elle paraît au dit « officiel » : je ne m’engage pas à lire le surplus.

Le commandant M.[8] pris d’une bronchite, je crois, est à Amiens où il a reçu la visite que tu penses. Il a parlé de son téléphoniste[9] à la dite personne, revenue à Paris, en tenue, très sympathique. Il a laissé (ou envoyé) quelques recommandations pour toi.

Je suis heureux de te savoir sous les ordres d’un capitaine qui te témoigne de la bienveillance assez pour que tu sois rassuré [entre] lui qui commande le Groupe.

On a eu des nouvelles satisfaisantes des parents d’Elise[10] et de la belle-sœur de Lucie[11].

De Douai, on disait tout à l’heure d’un côté qu’elle n’était pas évacuée il y a 8 jours, d’un autre côté que la pauvre ville flambait : je veux croire que ceci n’est qu’une prévision de ce qui attend peut-être Douai : voilà les Anglais à Gavrelle aujourd’hui X

X mais ils doivent rencontrer incessamment la Ligne Hindenburg en travers de leur chemin : elle doit passer à Fresnes-lès-Montauban si elle va comme on le dit de Quéant (près Cagnicourt) à Drocourt.

Tu ne nous dis pas si tu aperçois quelquefois le Régiment de Jules Legentil ?

Michel[12] est parti à Guérigny hier matin.

Les Anglais nous avaient quittés à Dommartin. Mais il nous en est revenu d’autres, toujours un Etat-major de Cavalerie.

Mille amitiés et bonne chance. Envoie souvent un petit mot.

D. Froissart


Notes

  1. En-tête imprimé.
  2. La ferme d'Hurtebise (qui dépendait alors de la commune de Vauclair-et-la-Vallée-Foulon) est située le long du Chemin des Dames. De cet endroit stratégique on peut observer la vallée de l'Aisne au sud et la vallée de l'Ailette au nord.
  3. Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart.
  4. Pierre Froissart, frère de Louis.
  5. Les caterpillars sont des tracteurs à chenilles pour le transport de matériels d’artillerie.
  6. Jacques Froissart, frère de Louis.
  7. Le Journal officiel.
  8. Le commandant Charles Marc.
  9. Louis Froissart, destinataire de la lettre.
  10. Elise Vandame, épouse de Jacques Froissart, et fille de Paul Vandame et Zélia Vandewynckele.
  11. Lucie Froissart, épouse d’Henri Degroote ; sa belle-sœur est Jeanne Marthe Degroote, épouse d’Emile Lesaffre.
  12. Michel Froissart, frère de Louis, en convalescence chez les Arène à Guérigny.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 24 avril 1917. Lettre de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (au front) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_24_avril_1917&oldid=53374 (accédée le 27 septembre 2022).

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