Mardi 21 avril 1874 (A)

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)

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Morschwiller 21 Avril 1874.

Ma chère Aglaé,

Ce sera au commencement de cette semaine que nous verrons notre cher Charles[1] et par lui nous aurons tous ces détails qui intéressent si vivement les absents. Que de questions adressées au sujet de chacun, puis au risque de me répéter, Je reviendrai à la charge pour entendre de nouveau ce qui m’aura déjà été dit. Bientôt j’irai à mon tour retrouver nos chères petites[2] et tant de personnes que j’aime, au centre desquelles se trouve ma chère Aglaé.

Aujourd’hui, ma chère enfant, je viens te trouver pour te parler d’une lettre que ma sœur[3] vient de m’envoyer et que je te copierai tout à l’heure. Il s’agit d’Alfred Duméril le Professeur de Dijon en disponibilité depuis quelques mois. Alfred et sa femme[4] sont de bons parents auxquels nous sommes bien attachés. Je voudrais leur être utile, mais dans les circonstances présentes je ne puis rien par moi-même. La lettre que je vais copier te mettra au courant de l’affaire, mais avant tout je te dirai que je ne veux nullement t’occasionner de difficultés ; si ma demande est indiscrète considère-la comme non avenue.

Voici la lettre en question :

Dijon 17 Avril 1874.
Ma chère Eugénie,
Mon mari vient de recevoir la visite de son suppléant qui revient de Paris, ce dernier a été dans les bureaux du ministère et il a pu constater que le vent a tourné par suite d’intrigues nouvelles. Le décanat de la Faculté de Grenoble paraît toujours devoir être prochainement vacant ; vous vous rappelez qu’il nous a été promis de la manière la plus positive, il y avait même un engagement écrit à ce sujet, néanmoins on le destine actuellement au professeur d’histoire de Besançon M. <Chotere>, qui déjà avait demandé à Dijon la place d’Alfred lorsqu’il croyait pouvoir devenir par ce moyen doyen de notre Faculté. M.  Dumesnil[5], Directeur du personnel de l’instruction supérieure n’a d’ailleurs pas dissimulé que son désir était de mettre mon mari dans la nécessité de demander sa mise à la retraite. Alfred vient d’en écrire à M. Chevreul[6] qui, certainement fera tout son possible pour empêcher ces nouvelles injustices de se commettre, mais il faudrait surtout l’appui de députés. La famille Desnoyers est parente de M. Buffet[7], vous pourriez soit par vous-même, soit par Félicité[8] déterminer M. Mertzdorff[9] à faire une démarche en notre faveur auprès du Président de la Chambre, de manière à ce que M. de Fourtou[10] renouvelât par écrit la promesse de M. Batbie, cela pourrait parer le coup que l’on est dans l’intention de nous porter.

Après la lecture de la lettre que je viens de copier, tu vois où en sont les choses. Depuis que je l’ai reçue, je me trouve bien embarrassée, désirant vivement être utile, et retenue par la crainte d’être indiscrète. Rien, je le sais, n’est plus pénible que de chercher la protection des personnes haut placées quand celles-ci sont déjà chargées de tant de demandes diverses.

Enfin excuse-moi car tu comprends mieux que personne ce que j’éprouve.

Adieu chère et bonne Aglaé je t’embrasse bien fort ainsi que nos chéries. Mille bons souvenirs à tes chers parents[11] et à M. Alphonse[12]. Affectueux respects à M. Milne-Edwards[13]

Félicité Duméril

Voici ce que m’écrivait Alfred Duméril il y a quelques semaines :

Lorsque vous irez à Paris, veuillez exprimer ma reconnaissance à M. Milne-Edwards de l’intérêt qu’il paraît prendre à ma cause qui est aussi celle de la justice. N’ayant pas l’honneur d’être personnellement connu de M. Milne-Edwards père, je n’ai pas osé lui adresser mes remerciements.

Notes

  1. Charles Mertzdorff, au retour d’un voyage à Paris.
  2. Marie et Emilie Mertzdorff.
  3. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  4. Flore Leurs, épouse d’Alfred Duméril.
  5. Armand Du Mesnil.
  6. Henri Chevreul.
  7. Louis Joseph Buffet, alors « Président de la Chambre ».
  8. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  9. Charles Mertzdorff.
  10. Oscar Bardi de Fourtou a succédé à Anselme Batbie au ministère de l’Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts en novembre 1873.
  11. Jeanne Target et son époux Jules Desnoyers.
  12. Alphonse Milne-Edwards.
  13. Henri Milne-Edwards, père d’Alphonse.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 21 avril 1874 (A). Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_21_avril_1874_(A)&oldid=40826 (accédée le 18 août 2022).

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