Mardi 1er et mercredi 2 avril 1873

De Une correspondance familiale


Lettre d’Emilie et Marie Mertzdorff, complétée par Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


Paris le 1er Avril 1873[1]

Mon cher petit père,

Jeanne Brongniart est là mais je ne veux cependant pas que tu ne reçoive pas de lettres de nous puisque nous ne pourrons pas t'écrire demain. Nous venons d'aller faire une partie de corde dans le jardin avec elle Emilie[2] a sauté un double.

Hier nous sommes parties dans l'idée d'aller voir Henriette Baudrillart mais elle n'y était pas alors nous avons été acheter de la musique en sortant la pluie nous prend. alors nous rentrons chez la marchande qui nous a prêté un parapluie très complaisamment alors nous avons été faire une autre petite course et sommes entrées chez Mme Trézel[3] la tante qui était couchée étant un peu souffrante.

En en ressortant il ne pleuvait plus et comme nous passions devant le magasin qui nous avait prêté notre parapluie nous avons été tenté d'y rentrer pour le rendre mais

Mon cher petit père  

Voilà ta petite fille qui vient t'embrasser bien fort et te dire tout ce qu'elle a fait depuis sa dernière lettre mais comme elle était d'hier elle n'a pas fait grand chose si ce n'est travaillé et avoir beaucoup pensé à son cher petit père.  

Marie[4] vient de quitter car voilà Mlle Bosvy qui vient d'arriver.  

Nous rentrons du jardin où nous avons beaucoup joué avec Jeanne. Nous avons sauté à la corde et j'ai sauté deux doubles.  

Mon petit père chéri je ne sais pas si je suis changée mais en tout cas je suis folle je ne fais rien que des bêtises hier j'ai fait une analyse qui avait deux pages quand je l'ai tournée pour écrire la seconde, je la tourne de travers et je l'écris à l'envers.  

Je vais faire des calculs mon cher petit père pour qu'on puisse encore me les corriger.  

Marie Flandrin nous a appris une bien triste et désolante nouvelle, figure-toi que Paulette[5] ne reviendra qu'au Carême et qu'on ne mettra pas les petits au collège[6]. Quand au grand[7] il a très bien passé son examen et est reçu.  

Je ne connais pas nos projets pour demain.  

Adieu mon père chéri je t'embrasse bien bien bien fort et tout le monde en fait autant.  

Ta toute petite chérie  

Emilie Mertzdorff  

La poste m'empêche de t'en dire plus long quoique j'en aie bien envie va.  

Il me semble qu’il y a si si longtemps que tu es parti ta chambre est si vide oh que je me réjouis pour le jour où tu reviendras.   

Mon cher petit papa adieu de gros becs tu sais il est mardi soir nous nous couchons de gros gros baisers à mon petit papa chéri.   

Ta petite Emplie chérie.  

Mon cher petit père tout est prêt je vais partir mais je ne puis résister à l'envie de t'embrasser encore mille et mille fois. Pourvu que j'aie de bonne place si seulement j'étais première[8]. Nous aurons un concours d'histoire écrite ce qui m'effraye un peu. Émilie reçoit à l'instant ta lettre nous te remercions bien.

M.M.   

Mercredi 8 ¼   

Salle à manger.   

Mon cher Charles,  

Je ne veux pas laisser partir cette feuille de papier blanc, <vos> petites chéries n'ont plus le temps de vous écrire avant Jeudi aussi je me charge de terminer ce griffonnage. Quoiqu'absent je suis sûre que vous êtes en ce moment au milieu de nous et qu'il vous semble voir l'agitation de vos bonnes petites filles qui préparent tout pour le catéchisme et le cours. Emilie vient de finir de me réciter ses leçons et elle se prépare à se coucher pendant que Marie raconte avec animation les vilaines actions de tous ses héros, et qu'oncle'[9]', armé d'une règle, la punit ou la récompense selon les circonstances.   

Ces bonnes petites chéries vont parfaitement et ont de bien bonnes joues roses ; elles sont parfaitement sages ; Emilie a aujourd'hui la maladie de rire parce que sa petite conscience est satisfaite. Il nous semble à tous qu'il y a bien longtemps que vous êtes parti et nous nous sommes avoué toutes les trois qu'on serait bien heureux de vous voir revenir. Croyez mon cher Charles à notre profonde amitié.

Aglaé   

Bien des amitiés à bonne-maman Duméril[10]'.


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Emilie Mertzdorff.
  3. Auguste Maxence Lemire, veuve du général Camille Alphonse Trézel.
  4. Marie Mertzdorff.
  5. Paulette, Paule Arnould.
  6. Probablement Edmond (le fils) et Louis Arnould.
  7. Probablement Pierre Arnould.
  8. Au classement du cours Boblet.
  9. Alphonse Milne-Edwards.
  10. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 1er et mercredi 2 avril 1873. Lettre d’Emilie et Marie Mertzdorff, complétée par Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_1er_et_mercredi_2_avril_1873&oldid=42500 (accédée le 18 août 2022).

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