Mardi 18 janvier 1916

De Une correspondance familiale

Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (Camp de La Braconne)

original de la lettre 1916-01-18 pages 1-4.jpg original de la lettre 1916-01-18 pages 2-3.jpg


29, RUE DE SEVRES, VIE[1]
18 Janvier

Mon cher Louis,

Merci de ta bonne lettre du 16 qui nous est parvenue ce matin et nous donne d’intéressants détails sur ta vie, ta douce vie, car vraiment tu ne fais pas aussi rudement que l’an dernier ton apprentissage de soldat. Avec tes 11 heures de lit, tu vas devenir gras comme un moine (de l’Ancien temps) surtout en y ajoutant de nombreux repas froids et chauds. Je t’enverrai du pâté afin de parfaire à ce qui pourrait encore manquer au régime. Henri[2] en a laissé.

Je t’enverrai demain les cravates et le rasoir. Je t’ai envoyé aujourd’hui la boîte de dragées qui te revient dans la distribution que l’on a faite Dimanche en l’honneur du lointain baptême du petit Jacques[3]. Je regrette que la laine de lama ne soit pas plus rustique ; j’en avais bien un peu peur.

Nous avons Henri depuis hier matin et nous avons eu la surprise de voir arriver hier soir MMartin[4] également en permission et qui avait déjà passé 3 jours auprès de sa mère. Il repart demain pour rejoindre son Bataillon. Il nous a montré ce matin sur la carte toute sa campagne et nous a fait de bien intéressants récits. Que de souffrances il avoue avoir endurées quoiqu’il soit parmi ceux qui ne se plaignent pas. Il va très bien, malgré cette vie rude et est toujours le même physiquement élargi de poitrine pourtant.

Jacques[5] est parti ce matin pour Angers, un peu triste sans doute, mais avec l’espoir de ne pas repartir tout de suite pour le front ; (il en serait d’ailleurs matériellement incapable et n’est pas guéri) de sorte qu’il aura quelque chance de ne pas quitter définitivement les siens.

Comment le commandant Fourcroy[6] est-il à la Braconne ? à quel titre ? Si tu le revois, demande-lui si sa femme est à Paris et à quelle adresse. C’est dommage que tu ne l’aies pas reconnu. Mais sans doute ne le connaissais-tu que de nom. Tu sais qu’il a 2 filles : Valentine 17 ans et Colette 14 à 15.

Anne Marie[7] s’est levée un instant aujourd’hui et M. Barth[8] a un peu élargi son régime qui se réduisait au lait français et bulgare.

Michel[9] et Suzanne[10] ont été enchantés de se revoir Dimanche et de se remémorer les joyeux souvenirs de Calais. Aussi Michel est-il parti tard pour le patronage et y a-t-il trouvé le désordre. Où est la poigne de Pierre[11] ? Les deux confrères fournis par de Bazelaire ne sont pas venus, de sorte que Michel ne les aura qu’un Dimanche. C’est peu pour les mettre au courant.

J’ai eu aujourd’hui la visite d’Hélène Dupont[12] qui est venue dire adieu à Marc sur le point de repartir.

Ton papa[13] se joint à moi pour t’embrasser tendrement. Emy

Nous n’avons rien reçu de Pierre qui a quitté Fontainebleau samedi pour Valréas.


Notes

  1. En-tête imprimé.
  2. Henri Degroote.
  3. Jacques, enfant non identifié.
  4. Edouard Martin.
  5. Jacques Froissart, frère de Louis.
  6. Albert Georges Fourcroy.
  7. Anne Marie Degroote.
  8. Probablement Jules Ernest Henri Barth.
  9. Michel Froissart, frère de Louis.
  10. Probablement Suzanne Compadre, épouse de François Marie Ladislas de La Chaise.
  11. Pierre Froissart, frère de Louis.
  12. Hélène Barroux, épouse de Marc (Ghislain) Dupont.
  13. Damas Froissart.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 18 janvier 1916. Lettre d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (Camp de La Braconne) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_18_janvier_1916&oldid=56681 (accédée le 4 octobre 2022).

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