Lundi 7 avril 1873

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1873-04-07 pages1-4.jpg original de la lettre 1873-04-07 pages2-3.jpg


7 Mars Avril 73.[1]

Ma chère Marie

J'ai passé ma journée d'hier Dimanche à Morschwiller & ne suis rentré qu'à 8 h du soir. Je m'attendais à trouver une petite lettre de l'une de vous deux[2], j'étais attrapé car je n'ai rien trouvé de pareil. Ce sera sans doute pour aujourd'hui.

Bonne-maman[3] ne va pas mal, elle se fatigue beaucoup & n'a pas du tout bonne mine ; sa maigreur frappe tout le monde & je trouve qu'il y a à s'inquiéter.

Bon-papa[4] lui va bien, ainsi que l'Oncle[5] qui nous a quittés pour aller à Mulhouse faire une partie de à cheval. Il monte assez souvent à cheval mais il a toujours sa bête à Mulhouse.

Il a fait mauvais toute la journée d'hier, une pluie fine n'a cessé de tomber en plaine et en neige sur les montagnes. C'est la première mauvaise journée depuis que je vous ai quittés. La végétation ici est très avancée les jardins sont tout verts. Tulipe & Jacinthe, violette & pervenche & cent autres fleurs ornent prés & jardins. Les arbres fruitiers sur l'allée vont fleurir cette semaine ; il y a déjà quelques uns en fleur. Par contre la pauvre serre n'est pas belle, le jardinier qui se donne beaucoup de peine & soigne parfaitement toute chose n'est pas bien entendu en serres. Il a laissé brûler par le soleil quantité de plantes qui vont périr ou souffrir des années. Rien n'est en fleur, c'est un hôpital de plantes.

Par contre il a assez bien compris les changements que petite Maman[6] aurait désiré faire faire & que je lui ai demandés. En somme le jardin est beau & sera très beau.

J'ai travaillé ces derniers jours dans mon cabinet, où très probablement j'ai pris un peu froid. Me voilà avec un petit rhume qui ne m'empêche cependant pas, comme tu le vois d'aller à Morschwiller & de dîner en ville aujourd’hui même. C'est mon Oncle Georges[7] qui tient à nous donner à dîner à Léon & à moi.

Tu vois donc que si le nez n'est pas tout à fait à son aise, l'estomac va bien & le reste aussi.

Je n'ai encore rien décidé pour mon retour à Paris ; pour cela j'attends de vos lettres, si tout le monde va bien, je prolongerai de 8 jours mon séjour ici. C'est Jeudi prochain que je devais quitter pour être le Vendredi Saint matin auprès de vous mes chéries. Mais j'ai encore tant à faire ici que j'aimerais encore pouvoir prolonger de 8 jours.

Cela dépendra de vous & de tante[8].

M. Conraux[9] va toujours plus mal me dit-on, il est probable qu'il ne vivra plus beaucoup de jours.

Monsieur Scheurer-Kestner[10] est ici en ce moment, il est venu me voir hier, mais ne m'a pas rencontré.

Je n'ai aucune nouvelle des Henriet

La rougeole règne à Kientzheim[11]. Hélène Berger y est malade, mais va bien, c'est une affaire de quelques jours & elle rentrera auprès de sa sœur Marie qui est à la maison depuis 15 jours je crois. Je compte aller faire visite à ces dames[12] & te dirai comment j'ai trouvé vos petites amies[13]. L'on dit Marie très grande, une vraie demoiselle un peu trop sérieuse pour son âge.

Les trois cahiers de catéchisme que tu me réclames sont trouvés à la place indiquée & prêt à m'accompagner. Si tu as encore autre chose d'ici que tu désires, ou ta sœur ou Cécile[14], tu penseras à me l'écrire.

Nanette & Thérèse[15] me chargent de bien vous embrasser pour elles & me prient de mille amitiés pour Cécile qu'on attend pour mettre la lessive dans les armoires, en attendant elle se trouve rangée dans les armoires de la lingerie.

Embrasse bien pour moi Oncle & tante[16], un gros bec à ta bonne petite sœur[17] & un aussi gros pour toi ma chérie de ton père qui t'aime

Charles M

Je reçois à l'instant ta bonne lettre qui me dit que vous allez bien & que vous vous amusez bien, ce qui est au mieux. Encore un baiser à tante pour son petit mot[18]. tante doit avoir reçu une lettre de moi écrite Samedi très tard ?


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Marie et Emilie Mertzdorff.
  3. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  4. Louis Daniel Constant Duméril.
  5. Léon Duméril.
  6. Eugénie Desnoyers (†), épouse de Charles Mertzdorff.
  7. Georges Heuchel.
  8. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  9. François Joseph Conraux, médecin à Thann.
  10. Auguste Scheurer-Kestner.
  11. Au pensionnat du Sacré-Cœur de Kientzheim.
  12. Joséphine André, épouse de Louis Berger et sa mère Marie Barbe Bontemps veuve de Jacques André.
  13. Marie et Hélène Berger.
  14. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
  15. Annette et Thérèse Neeff, domestiques chez les Mertzdorff.
  16. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers.
  17. Emilie Mertzdorff.
  18. Voir la lettre du 6 avril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 7 avril 1873. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_7_avril_1873&oldid=52171 (accédée le 19 août 2022).

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