Lundi 6 août 1810

De Une correspondance familiale

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son père François Jean Charles Duméril (Amiens)

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N° 201

Paris le 6 août 1810.

Mon Cher père,

Le sujet de cette lettre et les papiers qui y sont joints vont vous contrarier. cependant il faut prendre un parti. depuis longtemps je suis seul à éprouver tous les désagréments de la nullité de Duméril[1]. je ne lui ai donné dans ces derniers temps que l'argent strictement nécessaire pour qu'il puisse vivre ; mais il était dans un tel état de nudité et de défaut absolu de toutes choses, qu'il lui faut un secours plus efficace que celui que je lui ai porté. Auguste[2] me mande qu'il vous a écrit à cet égard. il m'a chargé moi-même de remettre 100 écus à Laffilé ; mais il lui en faut encore au moins autant pour retirer son linge engagé ainsi que ses papiers lesquels sont indispensables pour que ses affaires puissent se terminer.

Laffilé pour l'obliger a été forcé pour lui être utile d'éprouver bien des désagréments dont l'un des moindres a été peut-être de se débarrasser de la vermine qu'il laissait chez lui.

Il paraît évident à M. Saladin que tous frais faits et avec les dettes connues pour lesquelles il y a hypothèque ; il pourrait revenir net à Duméril 30 ou 40 000ll, mais pour ce il faut se substituer à des créanciers qu'on croit de mauvaise foi, en faisant des offres réelles de 7 000ll. il m'est impossible de faire moi-même, ou par mes connaissances, cette sorte d'affaire. il faut absolument un homme de loi. dans le cas où l'on verrait clair à cette affaire. ne serait-il pas possible que Désarbret[3] vint ici ? nous pouvons lui offrir une petite chambre et il nous ferait grand plaisir en venant nous visiter en même temps qu'il mettrait fin à des demandes d'argent qui, quoique faibles, ne laissent pas que de me gêner parce qu'elles sont souvent répétées.

mes deux enfants[4] ont été malades, les deux semaines dernières ; mais ils sont à peu près rétablis. le petit a eu une sorte de fièvre catarrhale qui l'a beaucoup affaibli. La petite a eu aussi de la fièvre, du rhume ; mais elle a été moins malade. je termine mon cours au jardin des plantes à la fin du mois et je suis d'ailleurs extrêmement occupé à l'Ecole demédecine, d'une part à cause de l'examen Scholastique ; et de l'autre parce que j'ai été nommé membre du Conseil d'administration depuis la mort de M. Thouret. Si j'avais été un peu plus âgé, je n'aurais pas balancé à demander la place de Doyen à laquelle quelques personnes avaient songé pour moi. mais j'ai cru qu'il ne convenait pas à la faculté que ce fut moi et j'ai refusé par écrit. On est encore incertain sur quel Professeur le choix du grand maître[5] tombera. M. Thouret au moment de sa mort voulait me faire nommer président des jurys de médecine dans les départements où j'aurais été ces vacances mais les choses en sont restées là. il est probable qu'il n'y aura maintenant de voyages que dans l'année prochaine.

Ma femme[6] et moi nous nous rappelons à l'amitié de ma mère[7], de Reine[8] et de Désarbret. nous vous embrassons tendrement.

Votre fils C. D.

P.S. Vous voudrez bien me renvoyer la lettre ci-jointe et le projet de transaction par la poste.


Notes

  1. Jean Charles Antoine dit Duméril, frère d’André Marie Constant Duméril.
  2. Auguste (l’aîné), frère d’AMC Duméril.
  3. Joseph Marie Fidèle dit Désarbret, frère d’AMC Duméril, avoué à Amiens.
  4. Louis Daniel Constant Duméril et Caroline (l’aînée).
  5. Louis de Fontanes.
  6. Alphonsine Delaroche.
  7. Rosalie Duval.
  8. Reine Duméril, sœur d’André Marie Constant.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 3ème volume, p.58-60). Il n’y a pas de documents joints à cette lettre ; ils ont sans doute été renvoyés comme demandé.

Pour citer cette page

« Lundi 6 août 1810. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son père François Jean Charles Duméril (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_6_ao%C3%BBt_1810&oldid=40581 (accédée le 2 juillet 2022).

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