Lundi 5 octobre 1812

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Angers)

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N° 215 J

Paris 5 Octobre 1812

Je n'ai pu t'écrire à Angers dès hier mon bien bon ami, car je n'ai reçu le petit mot où tu me le recommandes qu'après l'heure du courrier, et j'ignore si cette lettre arrivera assez tôt dans cette ville pour t'y trouver encore. Voici toujours l'adresse de mon frère[1], rue de Suffren près celle de Jean-Jacques Rousseau. On prétend impossible que même en t'arrêtant au Mans et à Angers, tu n'arrives pas à Nantes un jour plus tôt que tu ne l'as calculé, c'est-à-dire le 8.

Les quelques lignes de toi que je trouvai hier dans mon carton me firent un grand plaisir et du bien. Je n'ai pu m'empêcher de pleurer beaucoup après ton départ. Je restai avec une soif de te voir et de m'entretenir avec toi qui m'occasionna une tristesse que j'eus de la peine à surmonter, hier matin j'étais toute brisée ; j'aurais voulu faire un tour de promenade mais je ne me sentis pas la force de l'entreprendre et nous ne bougeâmes pas ; par contre ton fils[2] fit deux bonnes promenades et fut sage comme tu l'as vu. J'ai sur la bonté de cet enfant, sur la justesse d'esprit et la droiture de caractère qu'il aura en partage une sécurité qui me rend bien heureuse et nous prépare bien des jouissances.

Nous avons oublié de décider ensemble plusieurs choses, entre autres si tu parlerais à Henry[3] de sa femme et d'une manière décisive, ou si tu m'en laissais le soin ; tu voudras bien m'écrire ce que tu as fait à ce sujet-là. Quant au cheval il parait que tu lui as dit qu'on le laisserait à l'estrapade[4] ; cependant comme nous avons encore pour quelques jours la jouissance de la remise ici, nous essayerons de garder le cheval pendant ce temps avec celui de Papa, mais s'il recommence à se mal conduire nous le renverrons tout de bon à son gîte accoutumé. Henry doit conduire aujourd'hui le cabriolet à raccommoder. Quand cette réparation sera faite, je la ferai payer tout de suite. Je te remercie d'avoir pensé au petit billet pour M. Bigot. Je trouvai hier une chose qui me donna un petit souci, étant occupée à ranger différentes choses dans la boîte où je tiens l'argent, j'eus l'idée de compter le rouleau de napoléons que tu m'avais apporté le vendredi ; il me sembla qu'il était moins bien fait que lorsque tu me l'as remis, et que par conséquent il avait été déroulé ; cependant je ne pourrais assurer cela absolument. Enfin après avoir compté et recompté, je n'ai pu trouver que 580ll[5] au lieu des 600ll et je n'ai aucune espèce de souvenir d'avoir touché à ce rouleau, ni d'avoir fait de dépense pour laquelle j'ai eu besoin d'y avoir recours. La clef est restée quelques moments à la boîte. Je ne puis m'arranger avec l'idée que quelqu'un soit venu toucher là-dedans, et cependant je ne sais comment expliquer cela si ce n'est en supposant que tu t'es trompé en croyant mettre 600ll ou que c'est toi qui auras eu besoin d'un napoléon depuis que tu m'as remis cette somme et que tu as oublié de me le dire ; n'oublie pas je t'en prie de me répondre promptement à cet article. Je n'ai parlé de cela à personne afin de ne pas donner de l'inquiétude sur les domestiques de la maison.

Adieu mon excellent ami, aime ton Alphonsine et pense souvent à elle ; sa tendresse pour toi est plus vive qu'elle ne sait te le dire.

Je me trouve mieux aujourd'hui et je compte faire un tour de promenade.


Notes

  1. Michel Delaroche habite alors à Nantes.
  2. Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Le domestique d’André Marie Constant Duméril.
  4. Rue de l’Estrapade, domicile des Duméril ; Alphonsine habite provisoirement chez ses parents (Daniel Delaroche et son épouse Marie Castanet) rue Favart. Voir les adresses de la famille Duméril.
  5. Une autre plume a posé la division par 20=29.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril à sa femme, p. 104-107)

Annexe

A Monsieur

Monsieur Duméril président des Jurys de Médecine

au cheval blanc

à Angers

Pour citer cette page

« Lundi 5 octobre 1812. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Angers) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_5_octobre_1812&oldid=40579 (accédée le 22 mai 2022).

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