Lundi 31 Juillet 1882

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris ?)


Fs1882-07-31-pages1-4-Charles-déjà tapée.jpg Fs1882-07-31-pages2-3-Charles-déjà tapée.jpg


Ma chère Marie

En même temps que ta lettre d’hier je reçois une lettre d’Aglaé[1] qui me dit qu’elle est toute disposée à m’accompagner avec Émilie[2] à Carlsbad[3], de nous quitter pour nous laisser faire notre petit voyage à nous deux[4].

Je ne suis bien heureusement pas assez malade pour ne pas savoir me suffire & Je dirai même que je ne suis pas malade du tout, depuis que je prends beaucoup de laitages, peu de pain & pas de légumes je me sens bien mieux.

Pas plus tard que ce Matin Léon[5] & Jaeglé[6] m’ont fait compliment de ma bonne mine, prétendant que j’avais bien mauvais teint lorsque je suis allé vous voir, qu’à mon retour j’allais déjà mieux & maintenant je me sens encore infiniment mieux, au point que je me demande si réellement j’ai besoin d’un si grand déplacement.

Si Aglaé veut bien venir passer 2 à 3 semaines à Vieux-Thann je serais si heureux de la voir ici que je lui écris par ce même courrier que je l’attendrai avec Émilie & Cécile[7], ces dames jugeront par elles-mêmes que je vais bien mieux & l’on décidera alors ce que je ferai.

Je n’aimerais pas voir votre bonne tante se donner la fatigue de ce long voyage seulement pour ne pas savoir Émilie & moi seuls. Mais franchement je n’aurais à quitter ma fille que pour mon bain qui se prend dès 6 h. du matin & tout le reste de la journée est à nous deux & nous pouvons l’employer comme il nous plaît, j’aurai tout au plus 2 à 4 verres d’Eau à boire & pour cela je n’ai pas à quitter ma fille. 3 semaines sont bien vite passées & comme je ne serai pas bien fatigué, rien ne nous empêchera de rentrer par un chemin plus ou moins détourné.

J’espère qu’Émilie ne s’ennuierait pas trop ; elle sait voyager, sait se suffire à elle-même, sans aide. Dans les premiers hôtels il je ne vois pas d’inconvénient qu’un père soit seul avec sa fille, surtout si le papa n’a pas d’autres occupations que d’être aux petits soins de sa fille.

Mais tout cela dépend de votre tante qui avec son bon sens & son jugement si supérieur nous guidera dans ce que nous avons à faire ; aussi suis-je décidé de faire absolument ce qu’elle croira le mieux.

Si c’était possible, comme nous ne connaissons encore rien de cette partie de l’Europe je voudrais visiter avec Émilie les quelques villes & passer par Vienne mais tout cela prendrait du temps.

Dans tous les cas pour le 1er Octobre, nous serions toujours à la maison.

Tu vois que je ne parle pas en Malade.

Pour le moment je me réjouis énormément de recevoir nos deux dames bien chéries toutes deux[8], si seulement le temps n’est pas aussi mauvais qu’hier & aujourd’hui c’est un été désolant & jusqu’à présent je n’ai rien perdu à ne pas me presser

J’espère pour vous tous que vous allez trouver l’été à Villers où la pluie n’est pas non plus bien agréable. Je te prie de ne pas m’oublier auprès de ta belle-mère[9] & de la famille de la Serre[10] avec laquelle tu auras le plaisir de passer ton mois. En m’écrivant donne-moi ton adresse.

Que je suis heureux de vous savoir tous en si bonne santé & vous avez bien raison de profiter. Tu embrasseras bien Jeanne[11] pour son bon-papa qui pense souvent à elle & sa petite malice. Hélène[12] se réjouit bien de la voir.

Oncle & tante Georges[13] vont bien.

Mme Berger avec sa fille Marthe & ses deux fils[14] se trouve aux bains de Mer à Saint-Valery-en-Caux je crois.

toutes mes meilleurs amitiés à Marcel[15] & pour toi une bonne grosse fille mes plus tendres baisers

de cœur ton père

ChsMff

Lundi 31 Juillet 82


Notes

  1. Aglaé Desnoyers, épouse d'Alphonse Milne-Edwards (« votre tante »).
  2. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  3. Karlsbad, station thermale allemande en Bade-Wurtemberg.
  4. Charles Mertzdorff et sa fille Émilie.
  5. Léon Duméril.
  6. Frédéric Eugène Jaeglé.
  7. Probablement Cécile Besançon, bonne d’Émilie Mertzdorff.
  8. Émilie et Aglaé.
  9. Sophie Villermé, veuve d'Ernest de Fréville.
  10. Roger Charles Maurice Barbier de la Serre, son épouse Louise de Fréville et leurs quatre enfants.
  11. Jeanne de Fréville.
  12. La petite Hélène Duméril.
  13. Georges Heuchel et son épouse Élisabeth Schirmer.
  14. Joséphine André, épouse de Louis Berger avec Julie (Marthe), Louis et Charles Berger.
  15. Marcel de Fréville.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Lundi 31 Juillet 1882. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris ?) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_31_Juillet_1882&oldid=40540 (accédée le 15 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.