Lundi 24 mai 1880 (A)

De Une correspondance familiale


Lettre de Félicité Duméril (épouse de Louis Daniel Constant Duméril) (Vieux-Thann) à sa petite-fille Marie Mertzdorff (épouse de Marcel de Fréville)(Paris)


original de la lettre 1880-05-24 pages 1-4.jpg original de la lettre 1880-05-24 pages 2-3.jpg


Vieux-Thann 24 Mai 1880.

Rassure-toi, ma bonne petite Marie, ta tante[1] est aussi bien que son état le permet, son bon frère[2] l’a quittée, c’est assez dire qu’on peut être bien tranquillisé. Chaque jour amène quelque progrès, aujourd’hui notre chère belle-fille changera de lit et dans une quinzaine de jours elle pourra, j’espère, s’étendre sur une chaise longue. Ce sont les sœurs de l’orphelinat qui la soignent et Madame Stackler[3] me disait encore hier combien elle met de différence entre elles et les gardes laïques toujours disposées à se plaindre, à trouver qu’on ne fait pas assez pour elles, et à exciter le plus souvent les domestiques contre leurs maîtres. Notre pauvre Marie a bien pleuré à la suite de l’accident qui lui est arrivé mais sa confiance en Dieu et sa solide piété lui ont apporté peu à peu de la résignation et du courage. Comment va M. Edwards[4] ? j’ai beaucoup pensé à son indisposition, craignant qu’il ne s’en trouve très affaibli, puis à son âge le moindre changement dans la santé préoccupe et inquiète. Dans ce moment notre pensée va souvent vers notre bonne cousine Gastambide[5] qui éprouve une si vive douleur causée par la mort de son mari. Sa solide piété saura, j’espère, lui donner des forces ainsi qu’à sa fille[6] qui nous a écrit, à ma sœur[7] et à moi, des lettres bien touchantes. Comment va ton excellente tante[8] ? se remet-elle un peu de toutes ses fatigues ? je l’embrasse bien fort ainsi que ma petite Emilie[9] et je te prie de la bien remercier pour moi de la bonne lettre qu’elle vient de m’envoyer. Dis à ta chère belle-mère[10] combien nous sommes heureux de la connaître et de parler d’elle. Quelle charmante urbanité unie à la bonté et à la distinction se fait sentir dans sa personne et sa conversation ; cette impression qu’elle nous a faite a été bien partagée par mon frère[11] et ses enfants[12], quant à ta belle-sœur[13] tout ce que j’ai trouvé de si bon et aimable en elle m’avait été dit précédemment par ceux qui l’avait vue à Paris ; dis-lui que nous faisons bien des vœux pour elle et pour un prompt rétablissement après ses couches. Voilà ma chère petite Marie que je suis déjà avancée dans mon papier sans que je t’aie encore parlé de toi, de Marcel[14] dont nous sommes pourtant si vivement occupés. Je te vois bien souvent dans la journée, rangeant dérangeant avant de trouver la bonne place pour mettre les choses, le cher mari donne son petit avis et bien vite on le suit. Cette jolie demeure sera le domaine du bonheur parce que tous deux, mes chers enfants, vous possédez les qualités qui le donnent. Je te recommande bien ma petite Marie de ne pas traverser la rue quand il y a encombrement de voitures, et de faire des recommandations à ta bonne[15] pour que la porte d’entrée soit soigneusement fermée ; à Paris plus qu’ailleurs il y a des gens mal intentionnés qui cherchent à s’introduire et qui épient le moyen de le faire ; quand Marcel n’est pas là je serais effrayée de te savoir seule à la maison si auparavant on ne songeait pas à prendre d’utiles précautions. Notre petite Hélène[16] vient d’arriver pour passer la journée ici, nous vous quittons chers et bons enfants en vous embrassant de tout cœur.

Félicité Duméril

Il nous manque 25 billets de faire-part que nous désirerions recevoir le plus tôt possible si l’on peut en faire faire.


Notes

  1. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril, qui vient de faire une fausse-couche.
  2. Henri Stackler, médecin à Paris.
  3. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  4. Henri Milne-Edwards.
  5. Emilie Delaroche, veuve d’Adrien Joseph Gastambide.
  6. Adrienne Gastambide, épouse d’Alphonse Chauvet.
  7. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  8. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  9. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  10. Sophie Villermé, veuve d’Ernest de Fréville.
  11. Charles Auguste Duméril.
  12. Clotilde Duméril, épouse de Charles Courtin de Torsay ; Paul Duméril, époux de Marie Mesnard ; Georges Duméril, époux de Maria Lomüller.
  13. Louise de Fréville, épouse de Roger Charles Maurice Barbier de la Serre ; elle accouchera en juin de son quatrième fils, René Barbier de la Serre.
  14. Marcel de Fréville, époux de Marie Mertzdorff.
  15. La jeune Armandine.
  16. Hélène Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 24 mai 1880 (A). Lettre de Félicité Duméril (épouse de Louis Daniel Constant Duméril) (Vieux-Thann) à sa petite-fille Marie Mertzdorff (épouse de Marcel de Fréville)(Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_24_mai_1880_(A)&oldid=40428 (accédée le 14 août 2022).

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