Lundi 17 février 1879

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1879-02-17 pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-02-17 pages 2-3.jpg


Lundi 17 février 79.

Ma chère Marie

Je viens de recevoir une lettre de Léon[1] de Berlin qui n'est pas trop enchanté de son voyage, il ne me parle que d'une [10aine] de Juifs & absolument rien de la ville, probablement qu'il nous dira ses impressions à son retour.
Ils se dépêchent tant qu'ils peuvent pour rentrer encore fin de la semaine si possible.

Vendredi j'ai reçu un petit mot de Henriet[2] qui m'annonce la mort subite de CharlesZurcher, père de Léopold[3].
Ni Samedi jour de paye, ni hier Dimanche je n'ai pu aller voir ces amis à Thann. Aujourd'hui est l'enterrement auquel je me ferai conduire. C'est un bien brave & digne homme de moins, mais il avait fait son temps (70 ans) & il n'était plus indispensable pour ceux qui sont forcés de rester encore ici-bas.
N'ayant vu personne je ne sais pas de quelle maladie il a succombé.

Hier Dimanche j'avais la famille à dîner avec les Paul[4]. Le Moulin[5], Marie[6] & sa mère[7] les Georges D.[8]
Thérèse[9] nous a fait un très beau dîner à elle toute seule dont je te donnerais volontiers le menu si je pouvais encore m'en souvenir. Potage filet jardinière. Canetons sauvages délicieux. petits pois. Poulet. pâté. [pouding] incomparable qui a eu grand succès. c'est elle qui servait seule vins & le reste mais elle ne suffisait pas & aurait mieux fait de se faire aider ce qui n’est pas aisé à obtenir car elle n’aime pas les aides. Enfin tout s'est bien passé, sans que soyons restés trop longtemps à table, le service se faisant encore assez bien vu le nombre de serviteurs. Nous avons pris le café au billard où ces dames sont restées jusqu'après 4 h. les Messieurs sont allés au Casino à Thann grâce à Georges qui a débauché ces deux Messieurs et les dames chez Marie.
Marie ne va toujours pas, si possible elle ira consulter un Médecin à Mulhouse demain, il est temps !! elle ne mange presque plus & dès qu'elles est quelques heures assise ou qu'elle marche 10 minutes il faut qu'elle s'étende n'en pouvant plus. C'est réellement désolant.
Maria n'a pas non plus conservé sa bonne mine d'autrefois & j'ai bien peur que là aussi la santé ne vienne à clocher quoiqu'en ce moment elle aille bien.
De tous ce sont encore les bons habitants du moulin qui sont les plus vaillants ; bonne-maman est incroyable d'activité ne craignant pas de se mettre en route le soir par ces mauvais temps que nous avons toujours.

Ce matin il neigeait un peu avec une pluie abondante & une température de Zéro à peu près aussi les Pauvres Paul n'ont pas grand plaisir chez moi, d'autant que je suis seul à la maison & ne puis être avec eux qu'aux repas & notre soirée qui se passe régulièrement en Whist, ce qui entre nous n'est pas un grand agrément pour moi ; décidément je n'aime pas les cartes.

J'espère avoir aujourd'hui l'oncle Georges[10] & V. Barbé[11] au dîner je quitterai à 1 1/2 pour aller à Cernay.
A la fabrique l'on travaille assez pour occuper nos 600 ouvriers, mais le rendement ne sera pas brillant. il y a en Allemagne trop de grandes & bonnes usines de blanchiment pour son marché & comme chacun veut travailler, les prix ne sont pas rémunérateurs. Je t'assure que je suis bien content de ne plus être tout à fait seul pour une aussi grande responsabilité & me félicite d'avoir des associés comme ceux que je me suis donné[12] ; ce serait trop pour un pauvre vieux comme moi.

Je vous embrasse bien pour moi d'abord & puis un peu pour toutes les personnes qui me prient de les rappeler à vos souvenirs & elles sont nombreuses. tout à toi  
ChsMff


Notes

  1. Léon Duméril, accompagné en voyage d’affaires par Frédéric Eugène Jaeglé.
  2. Louis Alexandre Henriet.
  3. Léopold Zurcher, époux de Marie Henriet.
  4. Paul Nicolas et son épouse Stéphanie Duval.
  5. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril (« bonne-maman »).
  6. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  7. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  8. Georges Duméril et son épouse Maria Lomüller.
  9. Thérèse Neeff, cuisinière chez Charles Mertzdorff.
  10. Georges Heuchel.
  11. Victor Barbé.
  12. Voir les extraits des statuts de la Société.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 17 février 1879. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_17_f%C3%A9vrier_1879&oldid=40299 (accédée le 18 août 2022).

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