Jeudi 6 mai 1880

De Une correspondance familiale


Lettre de Paule Arnould (Paris) à son amie Marie Mertzdorff (épouse de Marcel de Fréville) (en voyage de noces à Vieux-Thann)


original de la lettre 1880-05-06 pages 1-4.jpg original de la lettre 1880-05-06 pages 2-3.jpg


Paris Jour de l’Ascension 1880

Ma Marie chérie,

C’est impossible que je reste plus longtemps sans venir te dire  un petit mot d’affection, mais je t’en supplie n’y réponds pas, il y a longtemps que je t’aurais écrit si je n’avais pas eu peur d’ajouter une lettre à toutes celles que tu as déjà. C’est bien convenu, n’est-ce pas, je réponds dans ce moment à une de tes lettres qu’on m’a lues ou racontées, et je regarde ton silence comme beaucoup plus amical, beaucoup plus confiant dans mon amitié qu’un volume. Tu sais que nous avons été hier dîner chez ta chère Tante[1], Mathilde, Edmond, Louis[2] et moi ; la table était déjà d’une jolie dimension, nous étions seize, je crois, mais ma chère Marie n’était pas là, et tu ne saurais croire combien de fois je l’ai cherchée pour te dire quelque chose, combien de fois j’ai dit vous à Émilie[3], croyant parler à toi et à elle en même temps. Nous nous sommes dédommagées en causant de ton voyage et de la bonne lettre que tu venais d’écrire. J’ai même volé à Émilie deux des baisers que tu lui avais donnés Lundi, en pensant qu’il lui en resterait encore assez. Cette chère Émilie, je ne la vois pas autant que je le voudrais, et mais comme j’ai la maladresse d’être facilement fatiguée dans ce moment, il faut que je compte mes pas. Comme elle est gentille ta petite Émilie, ma Marie. Je l’aimais tendrement, je la connaissais bien bonne, mais je n’aurais jamais cru qu’il lui fût possible de prendre ton Mariage avec un oubli d’elle-même aussi complet ; il nous a été impossible de lui faire dire qu’elle a du chagrin de ton départ. A tout elle répond « Mais je vous assure que j’aurais été bien fâchée que cela ne se fît pas. Vraiment, je suis très heureuse ! » et elle l’est, elle jouit de ton bonheur comme d’un bonheur qui lui est tout personnel. Je suis sûre que cela te fait plaisir, et c’était le seul nuage qui aurait pu troubler le tien.

Je te suis dans tout ton voyage, ma Chérie, et il me semble que tu dois être heureuse de faire à ton Mari[4] les honneurs de Vieux-Thann ; il devait te manquer, pour lui parler des années passées, qu’il le connût aussi. Nous avons eu le plaisir de voir ton Bon-Papa et ta Bonne-Maman[5] Mardi et Mercredi, ils sont bien heureux de penser qu’ils vont vous trouver là-bas. Voilà mon vous qui revient d’une autre façon, mais je ne peux pas séparer de toi ceux que tu aimes, ma Marie chérie, et j’espère que Monsieur de Fréville ne m’en voudra pas. Au revoir, à bientôt. La petite maison[6] m’intéresse fort, et j’en demande souvent des nouvelles ; que je serai contente d’aller t’y embrasser ! Je t’envoie en attendant, les baisers de Mère[7] et de Mathilde et mille de moi. Charge-toi pour ton Mari et pour ton Père[8] de nos affectueux souvenirs.

Paule qui t’aime tendrement


Notes

  1. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  2. Mathilde, Edmond (fils) et Louis Arnould : sœur et frères de Paule Arnould.
  3. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  4. Marcel de Fréville.
  5. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  6. Le pavillon de la rue Cassette à Paris.
  7. Paule Baltard, épouse d’Edmond Arnould.
  8. Charles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 6 mai 1880. Lettre de Paule Arnould (Paris) à son amie Marie Mertzdorff (épouse de Marcel de Fréville) (en voyage de noces à Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_6_mai_1880&oldid=40140 (accédée le 18 août 2022).

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