Jeudi 21 juillet 1870

De Une correspondance familiale


Lettre d’Eugénie Desnoyers (Paramé) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1870-07-21 pages1-4.jpg original de la lettre 1870-07-21 pages2-3.jpg


Paramé

21 Juillet 70

Mon cher Charles,

Nos petites filles[1] tiennent toujours la plume à ton intention, aussi il me semble qu'il ne me reste plus rien à te narrer, les 3 fillettes sont en composition de lettre, Emilie écrit à Colmar, Hortense[2] s'adresse à sa petite sœur, Marie cause avec toi et Julien[3] donne de mauvais points à la 1re écolière qui lève le nez et cela arrive assez souvent.

La factrice[4] m'a apporté hier soir ta bonne lettre de Dimanche soir. Pour Vieux-Thann nous voici rentrés dans l'ordre, M. le maire doit être content du résultat de ses efforts et de son éloquence. Espérons que pour Masevaux ce sont de fausses nouvelles qui t'ont été rapportées. Tu fais bien de prendre tes précautions dans le cas où l'ennemi arriverait jusque chez nous, ce qui heureusement est loin d'être certain. Je pense que M. Dugué est un homme dans lequel on peut avoir confiance, mais je ne connais nullement ceux de sa maison, et j'ignore tout à fait si par malheur lui venait à être frappé d'apoplexie, quelle serait la sûreté que pourraient présenter alors ceux qui seraient à ce moment à son bureau. Enfin tu sais que j'approuve tout ce que tu fais et que tu me fais plaisir en me tenant au courant de tes intentions.

Les nouvelles que j'ai à te donner de notre petite colonie sont toujours bonnes, tout marche parfaitement santés, et joie des enfants[5]. C'eût été trop beau si tu étais encore là, ça n'empêche pas que nous espérons bien te voir arriver avant notre départ.

Voici Julien qui propose un problème à nos 2 grandes filles ; elles s'y mettent avec courage, c'est gentil à voir.

Emilie est surnommée l'Intrépide à cause de son courage à entrer dans la mer et de la façon hardie avec laquelle elle marche sur les rochers.

La famille Hovius est venue nous inviter tous à dîner pour Samedi mais j'ai décliné l'honneur ainsi que pour notre petite jeunesse, aussi il est convenu qu'Alphonse et Aglaé[6] iront seuls.

10 h 1/2

Je viens de lire ta bonne lettre datée de Lundi et Mardi. Merci pour tous les détails qui m'intéressent bien vivement ; tu me fais bien plaisir en m'écrivant ainsi tous les jours je comprends que tu sois bien fatigué et même énervé ; il y a surexcitation et les nerfs s'en ressentent. Qu'a été l'accident ? toujours des émotions.

Les pauvres Duméril ! le cœur est navré en songeant à eux[7].

Les voyages seront plus longs pour venir nous trouver et probablement difficiles. Pourvu que tout cela ne te fatigue pas outre mesure ; calme-toi autant que possible en pensant à nous afin de nous conserver ta chère santé. La circulaire à ceux dont vous avez les marchandises me permet utile et conforme à celles des banquiers.

Tu pourrais demander à Nanette[8] si elle a besoin d'argent je ne lui ai laissé que 100 F à mon départ pour les dépenses de la maison.

Voici le problème fini, maintenant on va faire une dictée, on rit, on va prendre le bain, puis promenade dans les terres. Hier Alphonse et Julien en 2 h ont été à Dinard, St Servan et St Malo. Nous n'avons pas de nouvelles de Paris, Julien n'a rien reçu d'Alfred[9] qui est chargé d'aller aux informations.

Adieu, cher Ami je t'embrasse comme tu sais que nous aimons à le faire à notre meilleur ami

ta petite femme

Eugénie M.

Nos amitiés à oncle et Tante Georges[10], mes associées d'ici me chargent de toutes leurs amitiés pour toi.


Notes

  1. Marie et Emilie Mertzdorff.
  2. Hortense Duval, sœur de Jeanne.
  3. Julien Desnoyers.
  4. Eugénie écrit : « La facteuse ».
  5. Les 3 fillettes et Jean Dumas.
  6. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers.
  7. Auguste Duméril, malade, est à Morschwiller chez les Duméril.
  8. Annette, domestique chez les Mertzdorff.
  9. Alfred Desnoyers.
  10. Georges Heuchel et son épouse Elisabeth Schirmer.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 21 juillet 1870. Lettre d’Eugénie Desnoyers (Paramé) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_21_juillet_1870&oldid=51628 (accédée le 7 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.