Jeudi 15 juin 1882

De Une correspondance familiale

Lettre d’Émilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


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15 Juin 82[1]

Mon cher Papa,

Quel bonheur d’avoir un petit cousin[2] ; et quel bonheur surtout que tout se soit si bien passé ! espérons que la maman et l’enfant continueront à suivre cette bonne voie. Nous avons su presque tout de suite la grande nouvelle, parce que bon-papa[3] est venu l’annoncer à Marie[4] que tante[5] a vue peu de temps après ; mais ce n’est que ce matin par une lettre d’oncle Léon[6] que bonne-maman[7] a pu nous apprendre le nom de l’heureux bébé.

Si je ne t’ai pas écrit depuis Dimanche, c’est que j’ai su que Marie l’avait fait et j’ai trouvé inutile de te redire ce qu’elle te disait probablement. Cependant je suis sûre que je ne t’aurais pas demandé une recette pour conserver des haricots. Ce que c’est que d’être maîtresse de maison ! on s’intéresse à toutes sortes de questions qui jadis vous auraient paru tout à fait ennuyeuses ; moi je suis encore dans l’âge d’or où le dessin, la musique, l’histoire, les langues tiennent la grande place et je laisse volontiers à l’âge de fer ses questions pratiques, notamment les haricots conservés. Ne crois pas pourtant que je néglige le pratique, plus que jamais, au contraire, j’ai commencé aujourd’hui à me tailler une robe !

Tante Louise[8] et Marthe sont arrivées Mardi matin à 6h ; Marthe a bien bonne mine et paraît enchantée de son séjour en Suisse, elle est en ce moment à demeure ici car sa mère est partie ce matin pour Mesnières, tu comprends que je ne me plaigne pas de cet arrangement.

S’il fait froid à Vieux-Thann, il paraît que le temps n’est pas plus beau en Suisse : Tante Cécile[9] écrit que toutes les montagnes se sont recouvertes de neige, qu’il y en a même jusqu’à Glion[10].

Ici il ne fait pas chaud non plus, et nous avons continuellement des bourrasques, cependant j’espère aller dans un instant prendre ma leçon de dessin[11] dans la ménagerie.

Quelle joie de penser que dans 6 jours tu seras avec nous. Ta lettre est venue encore ce matin confirmer cette bonne nouvelle. Quant à Launay, je ne doute pas que tu n’y viennes avec nous, ce serait tout à fait impossible qu’il en fût autrement ; songe que tu ne verrais plus Marie[12] jusqu’au mois d’Octobre. Je t’embrasse de tout mon cœur et t’envoie tous les remerciements de Tante pour ta bonne lettre.

Mes félicitations à oncle Léon, à tante Marie, au jeune André, et dis-leur combien nous pensons à eux et combien nous nous réjouissons avec eux ;

Émilie

C'est la dernière fois que je t'écris probablement, car je ne sais trop où adresser une lettre à Nancy.  


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Le nouveau-né André Duméril, fils de Léon Duméril et Marie Stackler.
  3. Louis Daniel Constant Duméril.
  4. Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville et sœur d’Émilie.
  5. Aglaé Desnoyers, épouse d'Alphonse Milne-Edwards.
  6. Léon Duméril.
  7. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  8. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille, revient de Suisse avec sa fille Marthe Pavet de Courteille.
  9. Cécile Milne-Edwards, épouse d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  10. Glion est situé sur les hauts de Montreux.
  11. Leçon avec Gustave Lucien Marquerie, professeur de dessin.
  12. Marie Mertzdorff-de Fréville.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Jeudi 15 juin 1882. Lettre d’Émilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_15_juin_1882&oldid=39859 (accédée le 18 août 2022).

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