Jeudi 12 avril 1877

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1877-04-12 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-04-12 pages 2-3.jpg


Paris le 12 Avril [1877]

Mon cher Papa,

Il est 4h nous voilà rentrées et déshabillées et je ne puis résister quoique je t’aie dit que nous ne t’écririons pas, à venir vite t’embrasser et te dire que nous avons fait un voyage excellent et des plus gais, que nous nous portons à merveille et ne sommes nullement fatiguées, enfin que la noce[1] est finie et s’est très bien passée. Commençons par le commencement.

A Mulhouse nous avons trouvé toutes les familles Stackler et Miquey qui très aimablement étaient venues nous voir ; jusqu’à Belfort le trajet était très gai nous surveillions avec ardeur Jules[2] que nous avions comme compagnon de voyage et qui je crois s’amusait moins que nous de cette rencontre. A midi nous avons commencé un déjeuner somptueux d’abord avec nos sandwichs mais elles étaient tellement épaisses que c’est avec bonheur que nous nous sommes jetées sur celles de nos amies[3] dont il n’est pas resté miette. Puis a eu lieu une 1ère tournée des bonbons Miquey. Vers 3h 2e goûter 2e tournée du sac qui ne voulait pas se vider ; pour le faire passer on a recours aux nombreuses petites bouteilles d’eau rougie que nous avons emportées mais ô malheur en saisissant le sac où elles se trouvent je suis inondée, les gâteaux nagent ; une bouteille s’était débouchée juge de l’émotion, nous riions tant que personne n’avait la force de réparer les dégâts et tout coulait par terre ; tu vois cela d’ici ; à Troyes nous avons pris un potage puis nous avons remangé encore si bien qu’en arrivant il nous a été impossible de toucher à la collation qui nous avait été préparée. A la gare nous avons trouvé M. et Mme L. Berger[4] ainsi qu’oncle[5] et Marthe[6] qui a couché ici afin de mieux nous voir. En arrivant nous avons été surprises de la façon la plus agréable, ce bon oncle dans sa joie de nous revoir avait fait garnir toute la maison de fleurs pas un coin qui ne fût orné ; dans l’escalier dans la salle à manger des cache-pots nouveaux en haut une superbe jardinière en chêne ; dans toutes les chambres d’énormes bouquets de fleurs de cerisiers & (tout est beaucoup plus avancé ici) enfin dans notre salon tous les vieux pots de fleurs fanées que nous avions laissés étaient remplacés par d’autres beaucoup plus beaux.

Nous avons défait nos caisses puis nous nous sommes habillées, Cécile[7] a emmené M. et H.[8], et nous sommes parties à la noce cela s’est très bien passé, après la messe on a été chez Mme Dumas[9] où il y avait un buffet nous sommes restées dans les derniers et il est 4h tu vois que cela n’a pas été bien long.

Jeanne B.[10] est déjà arrivée elle dîne avec nous ainsi que M. et H. Berger, quant à Hortense et à Jeanne[11] elles ne viendront pas elles ont un concert où il faut absolument qu’elles assistent.

Je te demande bien pardon mon père chéri, de cette lettre je suis encore toute ahurie, je voulais seulement, puisque cela m’était possible, que tu aies tout de suite des nouvelles de notre voyage. Quel malheur de ne pouvoir jamais se trouver tous ensemble et de laisser toujours quelqu’un qu’on aime derrière soi. As-t-on reçu des nouvelles du ménage Léon[12] ?

Adieu mon petit père chéri je t’embrasse encore comme je t’aime. Quel bon moment nous avons passé ensemble !

Ta fille

Marie


Notes

  1. Le mariage de Jean Baptiste Noël Dumas et Louise de Tournemine.
  2. Jules Heuchel ? (plutôt que Louis Jules Berger appelé Louis).
  3. Marie et Hélène Berger.
  4. Léonce Berger et son épouse Julie André.
  5. Alphonse Milne-Edwards.
  6. Marthe Pavet de Courteille.
  7. Cécile Besançon, bonne des demoiselles Mertzdorff.
  8. Marie et Hélène Berger ?
  9. Cécile Milne-Edwards, épouse de Ernest Charles Jean Baptiste Dumas (plutôt que sa belle-mère Hermine Brongniart, épouse de Jean Baptiste Dumas).
  10. Jeanne Brongniart.
  11. Hortense et Jeanne Duval.
  12. Léon Duméril et sa nouvelle épouse Marie Stackler.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 12 avril 1877. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_12_avril_1877&oldid=42784 (accédée le 9 août 2022).

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