Dimanche 4 (Saint Charles) puis mardi 6 novembre 1877

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1877-11-04 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-11-04 pages 2-3.jpg


Mardi 6 9bre 77 soir.[1]

Ma chère Marie

Par la visite des petites sœurs de Thann je savais que c’était la Saint Charles & j’avoue que je m’attendais à recevoir hier au soir une petite lettre de vous. Mais juge de mon grand bonheur lorsque cette lettre m’annonce deux dessins. Je n’avais fait aucune attention au petit rouleau qui se trouvait dans le courrier, mais une fois que je savais ce qu’il contenait je n’ai pas tardé à en fouiller les secrets. C’est tout ce que je pouvais recevoir de plus agréable pour mon jour de fête. De plus que je te dise très vite que je suis très content de ta tête, trouvant que pour une première bosse ombrée, elle est parfaitement réussie & elle a dû te faire grand plaisir à juger à ce qu’elle a produit ici.
Quant aux œuvres d’Emilie[2] j’avoue qu’elle m’étonne encore plus, c’est une tête charmante & si c’est elle qui [l’a] dessinée sans aide, c’est qu’elle, qui ne fait que commencer, a bien plus de facilités pour les arts que je ne lui en supposais. Je suis un papa gâté & me réjouis bien de bientôt vous embrasser.

J’étais au Moulin hier & ce soir vos bons parents[3] sont venus admirer vos œuvres qui sont pendues dans mon cabinet de toilette où personne ne les voit que le papa, puisque c’est son bien. C’est vous dire qu’au Moulin l’on va bien, très bien. Marie[4] & sa mère[5] sont à Mulhouse depuis samedimatin & ne rentrent que demain. Léon fait la navette entre Mulhouse & ici ce qui a l’air de l’amuser beaucoup.

Dimanche n’ayant pas trouvé [  ] & j’ai dû tout au long leur donner des détails sur nos vacances. Ce soir j’ai vu M. Berger[6] qui me dit que ses filles[7] ont reçu une lettre de toi ce qui était un grand plaisir car les distractions pour ces Demoiselles ne doivent pas être nombreuses. Elles ont bien bonnes mines comme je ne les ai jamais vues & étaient fort gaies. Il paraît que souvent l’on fait des promenades avec le papa gâteau & l’on continue à aller un jour de la semaine à Mulhouse pour leçons. Jules André est de nouveau à la fabrique & Léon me dit qu’il a l’intention d’y rester. Tu sais qu’il avait quitté & avait l’intention de faire le paresseux. M. Deguerre[8] est nommé substitut à Neufchâteau, de sorte qu’ils vont quitter Epinal, ce qui les éloigne encore bien plus de Vieux-Thann. M. Léonce[9] a trouvé une place au tribunal de Commerce a Paris, ce qui l’enchante, quoi qu’il ait à faire le trajet de [  ] au château d’Eau.

Hier matin il y a eu un affreux accident au tissage Koch à Thann. une jeune fille sur une plaque chauffée à la vapeur a eu trouvé la mort par l’appareil qui a sauté au moment ! La pauvre fille était fiancée. Cette plaque existait depuis bien des années. comment prévoir de ces malheurs !

Ma sœur[10] m’a écrit, son mari sans être malade n’a pas bonne mine me dit-elle, Mme de Rheinwald[11] est toujours auprès de Marie Verdelet[12] à Vallérysthal ce qui ne réjouit pas du tout votre tante qui ne me parle pas de sa santé.

Ce matin une petite lettre d’Emilie est venue me réjouir. Mille fois Merci pour tous les détails que vous me donnez de tout le monde. Je ne comprends pas que vous ayez mauvais temps, ici nous avons un soleil d’été & c’est plaisir à en jouir encore, car très probablement la pluie va aussi nous arriver. En attendant je vais profiter de ce beau temps pour aller vous faire une petite visite de 8 jours.

Vendredi soir je pense quitter & vous embrasser samedi. J’aurais voulu quitter après-demain Jeudi mais comme Léon va à Mulhouse tous les soirs j’ai dû remettre à Vendredi. Il me vole un jour. Bonne-Maman m’a dit avoir reçu une lettre de toi qui lui a fait bien plaisir.

A bientôt chers Enfants que j’embrasse comme je les aime
ChsMff

sœur Bonaventure est malade depuis quelques jours, toute grosse qu’elle soit elle n’a pas de santé & si elle devait manquer l’orphelinat tomberait.


Notes

  1. Deux croquis reprenant les dessins de Marie et Emilie Mertzdorff.
  2. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  3. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril (« bonne-maman »).
  4. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  5. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  6. Louis Berger.
  7. Probablement les aînées Marie et Hélène Berger.
  8. Antoine Albert Deguerre, époux de Marie André.
  9. Léonce Berger.
  10. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel (« votre tante »).
  11. Louise Zaepffel, veuve de Camille Charles Auguste de Rheinwald.
  12. Marie Zaepffel, épouse de René Verdelet.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 4 (Saint Charles) puis mardi 6 novembre 1877. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_4_(Saint_Charles)_puis_mardi_6_novembre_1877&oldid=54041 (accédée le 19 août 2022).

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