Dimanche 27 février 1876

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1876-02-27 pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-02-27 pages 2-3.jpg


Paris le 27 Février 1876.

Mon Père chéri,

Voilà bien longtemps il me semble que je ne t’ai écrit et cependant maintenant me voilà tout à fait bien portante et il n’est même plus question de rhume ni de grippe je suis rentrée dans la vie ordinaire.

Jeudi comme tu sais j’ai été à mon examen qui s’est bien passé : en arithmétique je n’ai pas très bien répondu non pas pour la théorie mais pour un problème, on prenait tant de 1/10 que je n’en sortais plus. Pour la grammaire je n’ai pas été non plus bien brillante sans toutefois dire de grosses bêtises, en géographie j’ai bien répondu mais nous sommes parties avant la fin qui n’a eu lieu qu’à 7h.

Hier Samedi nous n’avons rien fait d’extraordinaire après notre leçon de Mlle Bosvy[1] nous avons été prendre JeanneBrongniart et tante[2] nous a fait faire un tour de jardin puis nous sommes rentrées et tantine est partie faire une masse de courses : visites de Mmes Berger, Lucas[3] && puis commissions pour Mme Dumas[4] enfin à Vaugirard voir les sœurs qui veulent bien se charger de Jeanne[5]. Nous nous n’avons pas fait tant de choses j’ai pris ma leçon d’écriture[6], travaillé un peu puis joué avec oncle[7], Jeanne B. et Krabe[8] jusqu’au moment où oncle s’est habillé pour aller dîner chez M. Bertrand[9] et où Jeanne est partie. Tante est rentrée peu après, tout est arrangé pour Jeanne Pavet, tante lui en a parlé et comme elle l’intimide un peu elle a accepté tout de suite beaucoup mieux que nous ne nous y attendions elle entrera demain pourvu qu’elle s’y habitue et qu’elle puisse y rester ! Sa pauvre maman[10] a le cœur bien gros.

Ce matin j’ai fait la paresseuse, nous avons déjeuné, puis sommes parties à la messe pendant qu’oncle allait chez M. Brongniart[11] où il passera toute la journée car il l’aide à faire le catalogue pour la vente des livres de son père. Nous nous avons été chez tante Louise jusqu’à 1h puis sommes rentrées, Jeanne Brongniart est venue et part à l’instant je pense que vers 4h nous irons rue des Postes[12]. Demain tante conduira Jeanne de bonne heure à Vaugirard, puis nous irons au cours pour la 1ère fois depuis 15 jours c’est bien long n’est-ce pas ? Ce que je trouve bien plus long encore c’est ton absence, est-ce que tu ne vas pas bientôt venir mon bon petit père chéri ? Nous nous réjouissons tant de te voir tu [sais] que tu ne peux pas attendre l’examen car ce serait trop long le plus tôt donc serait le mieux à ce qu’il me semble.

Nous n’aurons ne ferons pas de bien grandes débauches pour nos jours gras demain nous y irons au cours et Mardi nous garderons la maison en prenant 2  leçons ; tu vois que c’est raisonnable.

Nous avons eu de la pluie toute la journée, cependant en ce moment le soleil semble vouloir paraître ; du reste le temps est très doux ce qui joint à l’humidité n’est pas fameux pour les malades. Bonne-maman Desnoyers[13] va mieux il y a bien longtemps que je ne l’ai vue.

Adieu, mon petit papa je vais aller rejoindre mes amies car je m’étais retirée dans ta chambre pour n’être pas distraite, je t’embrasse de toutes mes forces.

Ta fille qui t’aime
Marie Mertzdorff


Notes

  1. Marguerite Geneviève Bosvy, professeur d’arithmétique.
  2. Tante, tantine : Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  3. Augustine Appert Joyot, épouse d’Hippolyte Lucas.
  4. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  5. Jeanne Pavet de Courteille.
  6. Leçon d’écriture avec Mme Régnier.
  7. Alphonse Milne-Edwards.
  8. Krabe, le chien d’Alphonse Milne-Edwards.
  9. Le mathématicien Joseph Bertrand.
  10. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille (« tante Louise »).
  11. Probablement Edouard Brongniart, fils d’Adolphe Brongniart.
  12. Rue des Postes, devenue en 1867 rue Lhomond (dans le 5e arrondissement).
  13. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 27 février 1876. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_27_f%C3%A9vrier_1876&oldid=42440 (accédée le 17 août 2022).

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