Dimanche 19 octobre 1879

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1879-10-19 pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-10-19 pages 2-3.jpg


Paris 19 Octobre 1879.

Me voilà cette fois plus calme et plus à l’aise pour te parler de mon voyage, mon Père chéri, et pour te confirmer ce que ma lettre écrite aux différentes stations (si toutefois le bon gendarme de Troyes l’a fidèlement mise à la poste) a dû te dire déjà ainsi que les 2 dépêches ; c’est à dire que mon voyage ne m’a nullement fatiguée, que tout s’est parfaitement passé, et que je vais aussi bien aujourd’hui que tous les jours précédents ; je ne sens pas du tout ma jambe quand elle est étendue et comme je n’ai pas marché je n’ai pas eu non plus occasion d’en souffrir. Après t’avoir quitté hier à 5h1/2 à Troyes tante[1] a été au télégraphe lancer la dépêche destinée à te procurer une bonne nuit et le reste de la bande a été manger des épinards au buffet. Les 25 minutes d’arrêt passées cela a été à notre tour à tante et à moi de nous restaurer et nous avons une seconde fois pu apprécier l’art de bonne-maman[2] pour la confection de sandwiches. Ce repas terminé, comme la lampe éclairait à peine, chacun s’est blotti dans son coin et peu de temps après nous étions tous profondément endormis. Ce n’est qu’aux fortifications que nous nous sommes réveillés en sursaut et bien vite on a plié bagage. Le train malheureusement s’est arrêté à une grande distance de la gare et oncle[3] n’a pas voulu que je fasse ce trajet à pied on a donc été me chercher un fauteuil roulant (il paraît que cela se pratique souvent) et je suis arrivée ainsi poussée jusqu’à l’omnibus. Nous avons trouvé M. Edwards[4] nous attendant et paraissant très content de voir revenir son monde. Mais nous ne lui avons pas tenu longtemps compagnie et à 11h j’étais dans mon lit dont je ne suis sortie que ce matin à 9moins ¼ quand ces dames sont revenues de la messe. Une fois prête on m’a amenée sur mon char habituel tapis et chaise, jusqu’au petit salon où je suis installée depuis sur la chaise longue de tante. J’ai eu à 9h la visite de Mme Pavet[5] et de Marthe puis Mme Festugière[6] est arrivée avec ses 2 fils ; elle nous croyait de retour à Paris depuis plusieurs jours et avait écrit hier à tante pour lui demander à déjeuner. Elle est restée avec nous jusqu’à midi passé. Depuis on s’est mis à défaire les caisses et à ranger ; je regarde faire, j’ai lu un peu et rangé les journaux arrivés pendant notre absence et je pense que dans un instant il faudra songer à goûter. Marthe vient de revenir, la pauvre fille a beaucoup à travailler cependant sa mère veut qu’elle prenne son après-midi de congé : elle a meilleure mine encore si c’est possible que quand elle nous a quittés et à côté de sa mère elle paraît immense.
Il fait excessivement doux et même chaud quoique le ciel soit couvert de gros nuages gris et qu’il ait gelé aussi un peu ces jours derniers ; je t’écris la fenêtre ouverte et il m’arrive de dehors de bonnes bouffées d’air chaud tiède. Te voilà maintenant mon bon petit Père, aussi au courant que possible, à ce qu’il me semble, de toutes nos actions depuis que nous t’avons quitté ; mais toi, que deviens-tu ? Comment s’est passé ta journée d’hier et quel va être l’emploi de ton jour suivant ? J’aimerais bien à le savoir aussi et j’espère que bientôt je recevrai une lettre de toi ; si tu savais comme je pense à toi et comme je t’aime !

Oncle vient d’écrire à M. Gosselin[7] et on a été porter la lettre de sorte qu’il est probable que la prochaine fois que je t’écrirai je pourrai te parler de sa visite.
Adieu mon Papa chéri chéri, je t’embrasse avec toutes les forces que j’ai mises en réserve depuis que je ne marche et qui commencent à devenir considérables.
Ta fille qui t’aime de tout son cœur,
Marie

J’embrasse bien fort bon-papa, bonne-maman[8], tante Marie[9] et petite Hélène Duméril.
Pardon pour mon écriture informe je suis très mal placée pour écrire.


Notes

  1. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  2. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Alphonse Milne-Edwards.
  4. Henri Milne-Edwards.
  5. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille, et mère de Marthe.
  6. Cécile Target, veuve de Georges Jean Festugière et mère de Paul et Georges Festugière.
  7. Le docteur Léon Gosselin.
  8. Louis Daniel Constant et Félicité Duméril.
  9. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril et mère d’Hélène Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 19 octobre 1879. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_19_octobre_1879&oldid=51337 (accédée le 16 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.