Dimanche 14 décembre 1879

De Une correspondance familiale


Lettre d’Emilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1879-12-14 pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-12-14 pages 2-3.jpg


Dimanche 14 Décembre 79.

Quelle bonne lettre nous avons reçue ce matin, mon papa chéri, et comme tu nous gâtes en ce moment en nous écrivant tous les deux jours. Je t’assure que ta lettre d’aujourd’hui nous a fait pousser de véritables cris de joie en nous annonçant ton arrivée si prochaine, et nous espérons bien que le temps ne se remettra pas trop au froid de manière à faire changer tes projets.

Je comprends combien tu dois être inquiet du pauvre oncle Georges[1], son état est assurément très grave, pauvre tante[2], comme elle doit être malheureuse si elle s’en aperçoit. Nous y pensons bien souvent et nous en parlons beaucoup ; nous voudrions bien que tu puisses nous apporter de meilleures nouvelles après avoir parlé à M. Bornèque[3].

Ici l’on ne va pas mal ; tante[4] cependant est loin d’être vaillante, elle est toujours fatiguée et sort le moins possible par le froid, mais elle n’a plus de fièvre. Quant à bonne-maman elle va très bien et je puis te dire la même chose de tous les autres membres de la famille.

Nous avons cherché avec oncle[5] à faire quelques emplettes de jour de l’an pour éviter des courses à notre petite tante, mais tu connais déjà par Marie[6] le résultat assez minime d’une course de 4 heures à pied dans la neige, que nous avons faite Jeudi ; nous n’avons acheté que la pendule que nous donnerons à Marthe[7], avec toi si tu veux bien ; nous nous sommes décidées pour ce cadeau sans te consulter parce que nous savions que cela lui ferait beaucoup de plaisir et que nous pensions bien que tu nous approuverais. Vendredi, oncle et Marie m’ont conduite au cours de chant et pendant que je me livrais à toutes sortes de délicieuses mélodies, ils ont été au Bon Marché, mais cette expédition a été encore moins heureuse que l’autre et ils n’ont trouvé aucune des choses que tante leur avait demandées.

Madame Trézel[8] est partie ce matin ; sa bonne est revenue hier soir, mais bonne-maman a encore passé la nuit ici parce que, tout naturellement, il n’y avait rien de prêt chez elle et son appartement n’était pas chauffé. Par conséquent, tu vois que ta chambre t’attend. Aujourd’hui nous avons été à la grand’messe puis chez bonne-maman Desnoyers[9], et nous voilà maintenant installées dans le cabinet d’oncle. Tu sais comment cela se passe le Dimanche. J’ai bien peur que tu ne retrouves plus David Copperfield[10], nous n’avons hélas ! plus que quelques chapitres à lire. C’est bien le cas de dire hélas ! nous sommes désolés d’avoir si tôt fini et d’être forcés de quitter tant de bons amis que nous connaissons maintenant si bien.

J’ai quelques petites choses à te demander de nous rapporter, et il ne faut pas que je les oublie, sans quoi je risquerais fort de recevoir un petit sermon bien dit et bien appliqué de la part de Mlle ma Sœur : 1° Cela te gênerait-il de nous apporter le livre allemand que tu nous as montré cet été, de littérature, beaux-arts & où il y a beaucoup de gravures, je crois qu’il nous intéresserait puisque nous commençons la littérature allemande.
2° le peigne à chignon d’écaille à petites boules avec de petites étoiles d’or qui doit se trouver dans la caisse avec les bijoux, ou peut-être dans le secrétaire de ta chambre. C’est pour orner ma tête et me donner l’air bien coiffée si c’est possible.

Je te demande bien pardon, mon père chéri de te charger de toutes ces commissions et je t’embrasse de tout mon cœur comme je t’aime.
Quel bonheur de pouvoir te dire à bientôt.
Émilie


Notes

  1. Georges Heuchel.
  2. Élisabeth Schirmer épouse de Georges Heuchel.
  3. Le docteur Pierre Léon Bornèque.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Alphonse Milne-Edwards.
  6. Marie Mertzdorff, sœur d’Emilie.
  7. Marthe Pavet de Courteille.
  8. Auguste Maxence Lemire, veuve de Camille Alphonse Trézel.
  9. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  10. David Copperfield, roman de Charles Dickens.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 14 décembre 1879. Lettre d’Emilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_14_d%C3%A9cembre_1879&oldid=39355 (accédée le 16 août 2022).

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