Dimanche 12 octobre 1862

De Une correspondance familiale

Lettre d’Eugénie Desnoyers (Montmorency) à sa sœur Aglaé, épouse Milne-Edwards (rentrant de son voyage de noce en Suisse)


Montmorency

12 Octobre 62

2 h

Ma chère petite Gla,

Il faut croire que la pensée que vous commencez à vous rapprocher de la capitale me réjouisse bien, car depuis votre dernière lettre j'ai repris cœur à l'ouvrage. Tu ne saurais croire combien ça m'a paru triste de rentrer seule dans l'appartement de Paris. Je te cherchais partout. Ici je crois que ça va aller et puis encore un peu de temps et nous nous reverrons; je sais que ce ne sera plus comme par le passé mais j'ai confiance en toi, et je ne doute pas que ton affection pour nous ne soit toujours la même.

Aujourd'hui tu quittes Villeneuve[1] ; je suis sûre que c'est avec un sentiment de regret. Ce pays, si beau, dont tu m'as tant vanté le pittoresque restera pour toi, le type de l'idéal, je ne te dirai pas pourquoi, car tu l'as déjà deviné, et tu m'as répondu un gros oui qui prouve que je ne me suis pas trompée. Je suis enchantée sous plus d'un rapport que tu aies fait ce voyage.

La lettre d'Alphonse[2] a fait grand plaisir à Julien[3] ; ton cher mari a été plus aimable pour tes frères[4] que toi pour ses sœurs[5], (à ce que je crois) On t'attend avec impatience à ta nouvelle demeure, je ne te dirai pas qu'il en soit de même chez les anciens que tu connais car ce serait perdre mon temps et je suis très pressée, il y a une visite au salon et maman[6] m'a fait demander.

Hier je t'ai fabriqué ou plutôt retapé un chapeau ; ton crin, en conservant le bouquet que j'ai rehaussé d'une plume noire, et faisant disparaître le tulle blanc, une écharpe noire a pris avantageusement sa place. Dentelle noire sur bavolet. résumé : petit air dame, simple, et pouvant aller avec toutes tes robes, tu le trouveras dans l'armoire à la tête de mon lit.

Ce matin, messe de <8 h 1/2>, rangements, fleurs dans le salon, bouquets, déjeuner, habillé et bavardage avec la petite sœur, mais je m'oublie près de toi.

Adieu, ma bonne chérie, reçois les plus tendres amitiés de nous tous père, mère frère et sœur et partage-les avec ton cher mari.

Encore une petite caresse pour toi de la part de ta meilleure amie

Eugénie

Voilà qui va t'encourager à griffonner.

La petite fleur a été remise fidèlement à notre bonne mère qui la garde.

Une violette du Cottage pour dame Gla.


Notes

  1. Petite ville en Suisse, au bord du lac Léman.
  2. Alphonse Milne-Edwards, époux d’Aglaé Desnoyers.
  3. Julien Desnoyers, jeune frère des correspondantes.
  4. Julien et Alfred Desnoyers.
  5. Cécile Milne-Edwards et Louise, épouse de Daniel Pavet de Courteille.
  6. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 12 octobre 1862. Lettre d’Eugénie Desnoyers (Montmorency) à sa sœur Aglaé, épouse Milne-Edwards (rentrant de son voyage de noce en Suisse) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_12_octobre_1862&oldid=39325 (accédée le 15 août 2022).

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