Dimanche 12 mai 1872

De Une correspondance familiale


Lettre de Caroline Boblet, veuve d’Edouard Charrier (Paris) à Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1872-05-12 pages 1-4.jpg original de la lettre 1872-05-12 pages 2-3.jpg


12 Mai 1872

Chère Madame et bien bonne amie,

S'il est des personnes qui (elles veulent bien nous le dire) se font gloire d'appartenir au cours, il en est que le cours s'honore, à bien juste raison, d'avoir vu s'élever et se développer dans son sein ; celles qui, après avoir puisé dans le sang ont reçu la grâce de fortifier en elles par les soins de l'éducation (je dis de l'éducation, et non pas de l'instruction) les vertus les plus nobles, et les sentiments les plus généreux : oui, le Cours se fait bien gloire d'avoir leurs noms inscrits sur ses listes, et celles qui ont eu l'honneur d'être choisies pour contribuer à leur développement sont heureuses autant que fières d'avoir obtenu une place dans leur cœur.

Merci donc, bien chère Madame, pour tous les témoignages d'affection dont vos bonnes lettres sont remplies, merci pour l'affection que vous avez vouée à ma chère et bonne fille[1] ; merci pour la part que vous voulez bien nous donner dans la culture de deux intéressantes plantes[2] ;

Merci, oh grand merci au nom de ma malheureuse patrie pour l'efficace sympathie que vous lui témoignez avez montrée : Je voulais vous témoigner à ce sujet toute ma gratitude dès le moment où j'ai reçu votre lettre du 6, mais nous étions alors tellement surmenées par les préparatifs de la Distribution des Récompenses qu'il m'a été impossible de trouver un instant pour la correspondance enfin, aujourd'hui et bien tardivement, je dis à vous et à monsieur Mertzdorff[3] du plus profond de mon cœur, merci ! (nous avons aujourd’hui 1 225 F[4])

Quel beau jour c'était pour vous et pour toute la famille que Dimanche dernier, 5 Mai ! nous nous sommes unies à vos émotions et à vos prières ; Veuillez le dire à Marie[5].

Pour notre chère Emilie, je lui vais rendre compte de ce qui la concernait dans notre journée du 10 ! et je vous prie de lui donner un repos complet jusqu'au 22. Alors nous recommencerons nos chères correspondances ; mais je veux à ce sujet m'entretenir quelque instants avec vous.

Emilie va, dans le cours des Vacances de 3e se fortifier dans : analyse, verbes, calcul, et même orthographe : mais pour l'histoire, que désirez-vous qu'elle fasse ? J'aurai un cours de demoiselles (3e) où je ferai voir l'histoire de France en un très petit, mais très substantiel abrégé de Gillet-Damitte[6] ; puis j'aurai le Vendredi un cours de 3e pour les jeunes garçons où je ferai étudier l'histoire ancienne de Riquier[7] : quelle est l'histoire que vous désirez faire voir à Emilie pendant cet été, à Emilie qui va étudier avec ses compagnes du cours l'histoire romaine l'hiver prochain… Veuillez me répondre à ce sujet. Emilie pourrait concourir avec les garçons pour l'histoire, avec les demoiselles pour le reste.

Autre choses qui demande une réponse. Nous sommes dans l'habitude d'envoyer en Mai à nos chères correspondantes un volume comme souvenir du cours : ma sœur[8] adressera à Marie : histoire de St Louis de Joinville, un peu modernisée par Natalis de Wailly[9] ; moi j'ai pour Emilie La Vie de Jeanne d'Arc de Wallon[10]. Pour la France la poste se charge de nos envois mais sera-t-il sûr de l'en charger pour vous ? Un mot, S.V.P. à ce sujet.

Toutes nos plus affectueuses sympathies et mes compliments distingués à Monsieur Mertzdorff à notre Aglaé[11] si...

V. Charrier-Boblet

Nous venons d'éprouver un bien vif chagrin, notre élève et amie, presque fille, Madame Pauline Roger[12] l'excellente pianiste vient de se voir enlever en quelques heures (perforation de l'intestin) son mari, excellent et digne jeune homme de 35 ans qui la laisse avec 2 enfants, et tout près d'en avoir un 3!!


Notes

  1. Mademoiselle des Essarts-Boblet.
  2. Marie et Emilie Mertzdorff.
  3. Charles Mertzdorff.
  4. Somme récoltée par souscription pour le paiement de l’indemnité de guerre.
  5. Marie Mertzdorff a fait sa communion le 5 mai.
  6. Jean-Jacques-Julien Gillet-Damitte (1803-1875), inspecteur de l'enseignement primaire.
  7. A.-L. Riquier a publié, en 1864, un « Petit cours à l'usage de l'enfance » : Histoire ancienne (L'Orient jusqu'aux guerres médiques).
  8. Aimée Sophie Élisabeth Boblet.
  9. Histoire de saint Louis [Louis IX], par Joinville, texte rapproché du français moderne et mis à la portée de tous, Natalis de Wailly (1805-1886), Paris, Hachette, 1868 (3e édition).
  10. Jeanne d'Arc, par M. Wallon [Natalis de Wailly], 1868.
  11. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  12. Pauline Roger, veuve de Louis Roger, mère de Thérèse et Louis Julien Joseph Roger et bientôt de Louis Amélie Edmée Roger.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 12 mai 1872. Lettre de Caroline Boblet, veuve d’Edouard Charrier (Paris) à Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_12_mai_1872&oldid=42595 (accédée le 7 février 2023).

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