Dimanche 11 décembre 1881

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


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Dimanche [11 décembre]

Merci, mon cher Papa au nom de Marcel[1] et au mien pour ta bonne lettre, tu es vraiment trop gentil de nous écrire ainsi mais cette lettre tout en nous faisant plaisir nous a fort affligés ; pauvre tante Zaepffel[2], est-ce triste de la savoir si malade ! décidément c’est bien sérieux, mais les médecins peuvent se tromper, il ne faut pas désespérer encore elle va peut-être triompher de cette crise tu sais comme elle a déjà été malade et comme elle s’en est toujours relevée. Je voudrais être auprès de toi en ce moment, mon Père chéri, car tu dois être triste et je voudrais que la petite figure souriante de Jeanne[3] puisse un peu chasser ton chagrin et te distraie du présent en te faisant entrevoir un avenir où tu auras je l’espère encore des joies ; pauvre cher Papa que de douleurs tu as eues toujours ! le bon Dieu doit te préparer une bien belle récompense car tu as été bien éprouvé ici-bas ; mon petit Papa, comment pourrais-je faire pour te donner un peu de mon bonheur, si tu savais comme je suis heureuse, moi je ne croyais pas qu’on pût l’être autant, que je voudrais donc que ce bonheur que tu m’as préparé pût se refléter sur toi ! si tu savais combien je t’aime, mon cher Papa et combien je souffre quand je pense que tu es malheureux ! Me voilà loin de tante Z. et cependant je t’assure que je suis bien occupée d’elle, je viens de lui écrire ne pouvant pas aller la voir. Sans doute que tu passeras encore par Nancy en venant nous trouver dans une dizaine de jours.

Je n’ai que d’excellentes nouvelles à t’envoyer d’ici, nous allons tous à merveille, bébé prospère, elle se tient bien droite et ferme sur ses petits pieds quand on la pose par terre et fait semblant de marcher. J’ai vu hier bon-papa[4] auquel j’ai dit ce que tu m’écrivais d’Hélène[5], du reste il avait encore plus de détails que moi par une lettre de tante Marie[6].

Vendredi nous avons été au spectacle voir les premières armes de Richelieu[7] avec M. et Mme de Moulin[8] ; cela nous a bien amusés. Demain j’espère avoir oncle, tante[9] et Émilie[10] à dîner ce qui me réjouit beaucoup.

Adieu, mon cher petit Papa, je t’embrasse de tout mon cœur, écris-nous je t’en supplie les nouvelles de tante que tu auras.

ta fille

Marie


Notes

  1. Marcel de Fréville.
  2. Émilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel, à Nancy.
  3. Jeanne de Fréville (« bébé »).
  4. Louis Daniel Constant Duméril.
  5. Hélène Duméril.
  6. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril et mère d'Hélène.
  7. Les premières armes de Richelieu, vaudeville en 2 actes, texte de Bayard et Dumanoir, créé au Théâtre du Palais-Royal à Paris en1839.
  8. Possiblement Georges de Moulins et son épouse Caroline d'Amieu de Beaufort.
  9. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers.
  10. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.


Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Dimanche 11 décembre 1881. Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_11_d%C3%A9cembre_1881&oldid=39300 (accédée le 15 août 2022).

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