Vendredi 4 juillet 1794, 16 messidor an II

De Une correspondance familiale

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Rouen) à son père François Jean Charles Duméril (Amiens)

lettre du 4 juillet 1794, recopiée livre 1 page 146.jpg lettre du 4 juillet 1794, recopiée livre 1 page 147.jpg lettre du 4 juillet 1794, recopiée livre 1 page 148.jpg lettre du 4 juillet 1794, recopiée livre 1 page 149.jpg


N° 70

an 2e de la république, Rouen du 16 Messidor

Papa,

D'après la lettre de maman[1], je me serais tranquillisé, mais une levée de chirurgien, pour la marine[2], m'a effrayé de nouveau. Aujourd'hui je suis plus tranquille et je respire. J'ai vu Biston, Lacoste, Rouelle[3], Chabeuil, enfin toute la commission. Le citoyen Biston Neveu était venu me demander à l'hospice, il me demanda des insectes pour son cousin, fils du citoyen Biston agent général des hôpitaux ; Vous sentez bien que je ne me fis pas prier. Je lui demandai la permission de l'aller voir, le surlendemain 14 du courant, sachant que l'oncle était revenu du Havre ; <mardi>, je fus le trouver, Je trouvai dans le citoyen Biston l'oncle un homme d'une honnêteté rare. Il me fît le meilleur accueil ; me demanda tous les renseignements que je pouvais lui donner sur mon compte : enfin après un quart d'heure de conversation, il me reconduisit avec les marques d'amitié, les plus sensibles. Hier 15, toute la commission se rendit à l'hospice d'humanité pour visiter les lieux ; le citoyen Biston m'avait prévenu la veille, en me demandant si je m'y trouverai ; je passais dans la salle où ils faisaient leur visite, tous les membres étaient arrêtés et causaient : le citoyen Biston m'apparut il me prit les mains après les compliments d'usage, il me conduisit en me tenant toujours vers le citoyen Lacoste, inspecteur général des hôpitaux pour la santé, qui marchait devant nous ; il le prit par l'épaule et nous mit en face l'un de l'autre en lui disant : Lacoste tiens regarde voilà un de mes amis d'Amiens qui a vingt ans et qui est ici prévôt d'anatomie et chirurgien interne : je te le recommande, alors le Citoyen Lacoste m'interrogea et sur mes études, ma besogne, mon traitement. De même que sur le nombre des officiers de santé, pendant ce temps Biston me parlant vis-à-vis de Lacoste me tutoyait. Lacoste s'éloigna, alors Biston me pria de la manière la plus engageante à correspondre avec son fils ; il accompagna cette demande de mille et une, plus honnête les unes que les autres. Lacoste nous rejoint et dit à Biston : que je <suis> fâché, j'ai laissé une lettre sur mon bureau elle n'est ni cachetée, ni signée, il faut que je retourne pour la faire partir. Biston saisit l'occasion et lui dit Duméril va te faire le plaisir d'aller à notre hôtel il y trouvera mon neveu qui te l'apportera et ils reviendront ensemble. Je prends la balle au bond, je m'offre et j'y vole. Je reviens avec le citoyen Biston neveu, nous retrouvons les commissaires, ils continuèrent leur visite et se retirèrent. En route, ils ne me cachèrent pas qu'ils avaient envie de mettre l'hospice en réquisition, et qu'ils comptaient y placer sans gêne 1 200 ou 1 500 malades. Je les quittais après les avoir mis dans leur route. Le citoyen Biston m'engagea à l'aller revoir, ce que je ferai demain matin. Je veux les laisser libres et arrêter leurs plans. Je n'ai parlé de rien encore à Biston, mais quand le temps sera venu, je ne m'oublierai pas. Si je n'étais pas aussi jeune en chirurgie j'espérerais une place de sous-aide qui me vaudrait 3 600ll, mais je ne sais si je puis y prétendre à moins qu'on ne la donnât à l'examen. Si vous pouviez me trouver quelques recommandations auprès de Lacoste, poussez la roue. Écrivez-moi ce que vous pensez de tout cela.

J'ai été occupé toute la matinée et je n'ai eu qu'un quart d'heure à moi pour griffonner celle-ci, toujours du barbouillage.

Votre fils Constant Duméril


Notes

  1. Rosalie Duval.
  2. La marine, comme l’armée de terre, subit des pertes humaines, par exemple lors de l’affrontement avec la flotte anglaise, le 2 juin, au large de Brest.
  3. Le copiste a écrit « Roucelle » ; il s’agit plus probablement du médecin Rouelle (ou Rouëlle).

Notice bibliographique

D’après le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 1er volume, p. 146-149

Pour citer cette page

« Vendredi 4 juillet 1794, 16 messidor an II. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Rouen) à son père François Jean Charles Duméril (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_4_juillet_1794,_16_messidor_an_II&oldid=36037 (accédée le 8 août 2022).

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