Vendredi 2 janvier 1863

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril avec quelques mots dictés par Marie Mertzdorff (Vieux-Thann) à Eugénie Desnoyers, amie de sa fille décédée (Paris)


Vieux Thann 2 Janvier 1863

Comment bien exprimer ce qui se passe dans mon cœur lorsque je reçois une lettre de ton écriture, ma bien chère enfant, je la lis et la relis continuellement, et cette pensée que toi et ma bien aimée fille[1] ne faisiez qu'un me revient sans cesse : puis en suivant des yeux ces chères petites[2] qui étaient l'objet de la plus tendre sollicitude de leur excellente mère, je me dis que Dieu en rappelant auprès de lui notre bien aimée a voulu du moins que sur cette terre il y ait une personne qui aimera toujours excessivement nos chères petites, et cette personne c'est toi. Ah si Caroline avait pu te voir, te parler que de choses elle t'aurait dites !

Oui ma chère enfant, je suivrai tes conseils, je tâcherai davantage de chasser les pensées accablantes qui me font dire : si l'on avait fait ceci ? si l'on avait fait cela ? Mon excellent mari[3] dont la piété est si admirable, m'arrête quand je lui parle ainsi, en me disant que Dieu l'a voulu, que ses décrets sont impénétrables, qu'il faut savoir s'y soumettre sans murmurer et me cite alors les paroles pleines de sagesse de notre bien aimée, et tes réflexions, ma bien chère enfant, qui sont la continuation des pensées de celle que nous pleurerons toute la vie.

Notre excellent gendre[4] a passé chez vous de bons moments, son cœur avait besoin de vous voir et de pleurer avec vous. Il vous aime tous, et sait si bien t'apprécier ma chère enfant en comprenant que toi et notre bien aimée vous ne deviez faire qu'une seule personne. Notre cher Léon[5] a été de son côté bien heureux de vous revoir, il nous écrit en parlant de toi : Eugénie est toujours la même pleine de bonté et de bienveillance.

Embrasse pour moi de tout ton cœur ton excellente mère[6], elle sait combien je l'aime et combien je me sens fière de son mérite. Qu'elle soigne bien sa santé et ne sorte jamais lorsqu'il fait du brouillard ou que le temps est humide et froid. J'embrasse aussi comme je l'aime, ma bien chère Aglaé[7] que j'entoure de mes vœux les plus tendres. Charles a été charmé de faire la connaissance de son mari que nous confondons maintenant avec tous les membres de la chère famille Desnoyers.

Notre petite Miky toute joyeuse d'avoir reçu la belle poupée envoyée par sa bonne marraine[8], me tire par la robe pour que j'écrive ce qu'elle veut me dicter.

Adieu donc tendre et excellente enfant ne nous oublie pas auprès de ton bon père[9] et de Julien[10] que Léon ne reconnaissait pas tant il a grandi. Demain M. et Mme Zaepffel[11] arrivent à Vieux Thann pour y passer une dizaine de jours. Quant à moi, après avoir eu le plaisir de les voir, je crois que je pourrai sans inconvénient aller passer quelques jours avec mon bon mari à Morshwiller[12].

F. Duméril

Chère petite Marraine,

Je t'aime beaucoup. Emilie dit qu'elle t'embrasse. La charmante poupée que tu m'as envoyée chère petite marraine, s'appelle Aglaé. Je te remercie mille fois de la belle poupée que tu m'as envoyée avec son chapeau et toute sa toilette. Eugénie et Aglaé sont très gentilles ensemble. Tu seras contente de savoir que je suis bien sage, que je dis bien ma leçon et ma prière. J'aimerais bien te revoir, pourras-tu venir bientôt à Vieux Thann ? Mon oncle et ma tante Zaepffel vont arriver, je crois qu'ils m'apportent des étrennes, peut-être qu'ils donneront une poupée à Emilie. Mes petites amies Berger sont venues hier. Adieu ma bonne petite marraine je t'embrasse de tout mon cœur.

Marie Mertzdorff.

En lisant ce que tu m'écris, ma chère enfant, il me semble que j'entends les paroles de ma bien aimée fille.


Notes

  1. Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff, décédée au mois de juillet. La lettre est rédigée sur papier deuil.
  2. Les petites Marie (Miky) et Emilie Mertzdorff, filles de Caroline.
  3. Louis Daniel Constant Duméril.
  4. Charles Mertzdorff, qui revient d’un voyage à Paris.
  5. Léon Duméril, fils de Félicité.
  6. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  7. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards, sœur d’Eugénie.
  8. Eugénie Desnoyers est le marraine de Marie Mertzdorff.
  9. Jules Desnoyers.
  10. Julien Desnoyers, frère d’Eugénie.
  11. Edgar Zaepffel et son épouse Emilie Mertzdorff, sœur de Charles.
  12. Félicité Duméril se partage entre Morshwiller, domicile de son époux Louis Daniel Constant et Vieux-Thann, domicile de Charles Mertzdorff et ses filles.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Vendredi 2 janvier 1863. Lettre de Félicité Duméril avec quelques mots dictés par Marie Mertzdorff (Vieux-Thann) à Eugénie Desnoyers, amie de sa fille décédée (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_2_janvier_1863&oldid=35851 (accédée le 14 août 2022).

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