Lundi 9 février 1863

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril (Vieux-Thann) à Eugénie Desnoyers, amie de sa fille décédée (Paris)


Vieux Thann 9 février 1863

Combien je te remercie, ma chère enfant, combien je remercie ta bonne mère[1] des excellentes lettres que vous venez de m'écrire : j'étais à Morschwiller lorsqu'elles sont arrivées ici, et hier à mon retour je les ai dévorées[2]. Oh qu'il est doux de réunir ainsi les témoignages de la plus parfaite amitié, je pleure en lisant ce que tu m'écris, mais ces larmes me font du bien, tu aimais tant Caroline[3] et Caroline t'aimait tant ! Assurément il ne sera jamais donné à personne de pouvoir cicatriser la blessure si profonde de mon cœur, mais il est réservé à toi, ma tendre enfant, d'y appliquer sans cesse un baume doux et salutaire. Je te l'ai dit plus d'une fois, si notre bien aimée t'avait vue que de choses elle t'aurait dites ! c'est entre tes mains qu'elle eût remis les deux petites filles[4] qui retrouvaient en toi, toutes les qualités, toute l'âme, toute la tendresse de leur parfaite mère qui t'aurait abandonné et dit d'accepter à l'égard de ses enfants ce titre de mère dont elle était si fière et si heureuse. Hier notre gentille petite Marie était ravie de la lettre que tu lui as écrite, et elle me disait il y a quelque temps : Méhil, j'ai envie de dire petite maman à ma marraine ; le soir quand elle joint ses deux petites mains, et qu'elle se met à genoux pour dire sa prière, il semble que c'est un petit ange qui nous arrive du Ciel pour nous donner des forces et de l'espérance. Je remercie du fond du cœur ma tendre amie pour les paroles qu'elle nous adresse au sujet de notre cher Léon[5] sur le compte duquel il nous est revenu également de bien bons rapports tant du Havre que de Paris. A présent plus que jamais nous avons tant besoin de ce cher enfant !

Il est tard, il faut que je te quitte ma petite Nie, embrasse bien pour moi ta bonne mère, ma bonne Aglaé[6], ne m'oublie pas auprès de ton bon père[7] ni du cher Julien[8] et reçois les témoignages du tendre attachement de ta pauvre et vieille amie

F. Duméril

Combien il m'est doux d'entendre ta bonne mère apprécier notre gendre[9] comme elle le fait. C'est un homme aussi remarquable par la haute intelligence que par la pureté et la noblesse des sentiments.

Comment vont Madame Brongniart[10] et notre bonne amie Mademoiselle Bibron[11] ?

Merci, chère enfant, des bons détails que vous me donnez toi et ta mère sur votre chère famille dont tous les membres ont été si parfaits et si tendres dans notre grand malheur.


Notes

  1. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  2. Félicité Duméril se partage entre Morschwiller, domicile de son époux Louis Daniel Constant et Vieux-Thann, domicile de Charles Mertzdorff et ses filles.
  3. Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff, décédée au mois de juillet. La lettre est rédigée sur papier deuil.
  4. Marie et Emilie Mertzdorff, filles de Caroline.
  5. Léon Duméril, fils de Félicité.
  6. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards, sœur d’Eugénie.
  7. Jules Desnoyers.
  8. Julien Desnoyers, frère d’Eugénie.
  9. Charles Mertzdorff.
  10. Agathe Boitel, épouse d’Adolphe Brongniart.
  11. Louise Elisabeth Bibron.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Lundi 9 février 1863. Lettre de Félicité Duméril (Vieux-Thann) à Eugénie Desnoyers, amie de sa fille décédée (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_9_f%C3%A9vrier_1863&oldid=40633 (accédée le 9 août 2022).

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