Vendredi 20 juillet 1888

De Une correspondance familiale


Lettre d'Alphonse Milne-Edwards (Paris) à sa nièce Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (en villégiature)


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Vendredi 20 Juillet 1888[1]

Chère fille,

Merci de tes lettres, elles m’ont tenu au courant de tes faits et gestes et m’ont permis de vous suivre tous jusque dans cette maison où nous avons passé ensemble tant d’heures charmantes dont le souvenir reste si présent, si doux et si triste. Je ne sais encore quand je pourrai aller te voir mais je le ferai certainement ; une séparation de plusieurs mois est trop longue pour que je ne la rompe pas par un voyage. J’ai l’intention d’aller demain à Calais pour bien peu de temps, car il me faut assister Lundi matin à une séance du Conseil Général des Facultés.

Notre petit séjour à Launay avec Jean et Marthe[2] a été assombri par la maladie de Jean Hainaud. Je suis inquiet de lui et les symptômes que je constate me semblent indiquer une maladie organique de l’estomac ou de l’intestin du genre de celle qui m’a enlevé [Isselin[3]]. Au moment de mon départ il se remettait de la crise aiguë par laquelle il venait de passer mais avec une piètre mine et une grande faiblesse. Ces pauvres gens[4] paraissaient si heureux dans leur nouvelle installation, ils s’y préparaient une vieillesse tranquille et maintenant je les vois entourés de bien des menaces. Depuis quelque temps tout ce qui m’entoure semble s’effondrer successivement !

Ce matin j’ai causé téléphoniquement avec ton mari[5], je ne te donne pas de ses nouvelles puisqu’il doit t’écrire. Si Charles[6] n’a pas grand appétit tu pourrais lui faire prendre un peu de sirop antiscorbutique. C’est amer et tonifiant. Quant à tes bains je t’engage à ne pas les transformer en infusions et à laisser les porteurs d’eau faire leur service.

Mille affections et tendresses, chère fille aimée.

AME

as-tu entendu parler du duel[7] Floquet Boulanger et du coup d’épée que ce dernier a reçu dans le cou. Quelle honte pour un pays d’avoir mis à sa tête un gouvernement de fous tels que ceux qui nous dirigent.


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Jean Dumas et son épouse Marthe Pavet de Courteille.
  3. Hypothèse : François Isselin (1805-1877) imprimeur à Paris, rue des Plantes.
  4. Jean Hainaud, garde dans la propriété de Launay, et son épouse Marie Couriol.
  5. Marcel de Fréville.
  6. Charles de Fréville.
  7. Le 13 juillet 1888 Charles Floquet, président de la Chambre, blesse en duel à l'épée Georges Boulanger, général et député.

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer cette page

« Vendredi 20 juillet 1888. Lettre d'Alphonse Milne-Edwards (Paris) à sa nièce Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (en villégiature) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_20_juillet_1888&oldid=51390 (accédée le 14 août 2022).

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