Vendredi 15 novembre 1872

De Une correspondance familiale

Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à Marie Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1872-11-15 pages 1-4.jpg original de la lettre 1872-11-15 pages 2-3.jpg


15 Novembre[1]

Ma chère petite Marie,

Je viens encore te demander de vouloir bien offrir à ta chère maman[2] le souvenir de tante Aglaé puisqu'elle ne peut elle-même avoir le plaisir de s'en charger. Dans le petit carton que je t'envoie tu trouveras quelques dragées que petit Jean[3] vous adresse en qualité de parrain car ton papa[4] lui a dit que vous l'aviez choisi pour être parrain d'un de vos nombreux enfants. Tu trouveras aussi les deux crochets et la navette que tu m'avais demandés. Au fond du carton se trouvent le col et les manches que je destine à ta chère petite mère.

Il me semble que tu deviens un peu paresseuse, j'ai été réduite à m'emparer de la lettre que tu as adressée à ton papa pour ne pas rester trop longtemps sans voir ton écriture. Est-ce que tu n'es pas très honteuse ? Bonne-maman Desnoyers[5] va mieux, elle est aujourd'hui à Montmorency avec Pauline[6]. Le temps est si chaud qu'il me semble impossible qu'elle s'en trouve mal.

François[7] est parti pour Launay et bon-papa[8] compte aller le retrouver demain.

Tu serais bien gentille de demander à ta maman si je dois payer vos petits chapeaux de paille avec natte de velours. La note est datée du 1er Juin et est de 30 F. Je ne sais si c'est déjà payé.

Combien tu t'amuserais ici avec notre petit Jean, sans cesse je pense aux promenades que vous pourriez faire ; hier il a été le compagnon de bonne-maman qui voulait essayer ses forces ; il l'a menée dans le jardin, lui montrant toutes les bêtes et lui demandant sans cesse si elle n'était pas fatiguée ; Ce matin il a demandé pardon à un pigeon auquel il jetait des petites pierres, craignant de lui avoir fait mal, et n'a cessé de pleurer que lorsque son oncle[9] lui a assuré que le pigeon lui avait pardonné. Il aime beaucoup monter dans le laboratoire et jouer avec les os d'oiseaux, il embrasse les têtes, ouvre les becs les fait manger et parler ; tu vois que ce serait pour vous une poupée parlante et agissante.

Si tu savais, ma chérie, comme je pense à vous et comme je regrette de vivre si loin de Vieux-Thann je suis si heureuse lorsque je vous vois et puis vous caresser.

Adieu mes chères petites filles[10]

je vous embrasse tendrement et vous charge de mille amitiés pour votre maman votre bonne-maman[11] et votre papa

A. Milne-Edwards

J'espère que maintenant vous êtes tout à fait bien, et qu'il n'est plus question de petites maladies.

Dis bien des choses aimables de ma part à Cécile[12].


Notes

  1. Lettre non datée, à situer en 1872 plutôt qu’en 1871 en l’absence de liseré de deuil sur la feuille.
  2. Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff.
  3. Jean Dumas.
  4. Charles Mertzdorff.
  5. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  6. Pauline, domestique chez les Desnoyers.
  7. François, domestique chez les Desnoyers.
  8. Jules Desnoyers.
  9. Alphonse Milne-Edwards.
  10. Marie et sa sœur Emilie Mertzdorff.
  11. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  12. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 15 novembre 1872. Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à Marie Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_15_novembre_1872&oldid=35782 (accédée le 12 août 2022).

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