Samedi 20 juillet 1878

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1878-07-20 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-07-20 pages 2-3.jpg


Samedi midi 20 Juillet 78

Ma chère Marie.

S’il n’y avait pas un peu d’air il ferait une chaleur insupportable. Le soleil est bien ardent sur le petit chemin qui conduit à Thann ; c’est ce que j’ai éprouvé cet après-midi en allant voir les ouvriers qui travaillent au pont.

Hier j’ai appris par Léon[1] qui rentrait de Mulhouse que ce pauvre M. Léopold Zurcher était au plus mal, que cependant depuis deux jours il allait mieux.

J’ai fait chercher Sœur Bonaventure qui depuis longtemps veut aller faire visite aux Henriet[2] à Wattwiller. Nous avons été ensemble & comme j’avais à faire avec M. Lehmann[3] j’ai laissé aller la sœur toute seule chez nos amis & n’y ai fait qu’une toute petite visite pour après nous arrêter chez les Zurcher. M. Léopold est de nouveau levé.
Il paraît qu’en allant à la pêche une épine lui est entrée dans la main, il a dû travailler un peu sa main pour la sortir. En somme ce n’était qu’une petite écorchure qui ne l’a pas empêché de faire belle pêche. Au bout de 8 jours, pour ce petit bobo il a dû faire venir le Docteur qui a trouvé la main en très mauvais état.
La gangrène s’y mettait & l’on craignait le tétanos, au point que l’on hésitait à lui couper la main droite.
Il paraît que les grandes douleurs étaient principalement dans la tête.
Sœur Bonaventure trouve qu’il faut encore bien des soins & qu’il n’est pas encore hors danger.
Cette pauvre Marie Z.[4] a bien mauvaise mine, & il y avait de quoi se désespérer, heureusement qu’il est bien robuste & il s’en tirera pour la peur & peut-être un peu de roideur dans la main & même le bras.

J’ai trouvé à Wattwiller M. Miquey[5] qui n’est pas fâché de voir sa saison se terminer avec la semaine, il y a bien peu de personnes & ce pauvre M. Lehmann est dans un grand embarras.
Pour moi cela est très ennuyeux aussi, heureusement pour lui que j’ai de quoi attendre & que je ne compte pas le tourmenter, ce que je lui ai dit. Il a une nombreuse famille & se donne de la peine, s’il ne réussit pas, ce n’est pas de sa faute.

La campagne est belle, très [animée] par la moisson, mais il paraît qu’à Vieux-Thann c’est à 2 h du matin que les champs sont occupés par les gens qui avant d’aller à la fabrique à 6 h font encore leur moisson matin & soir.
Ce n’est pas nous, ma chérie, qui pourrions faire pareil tour de force. Lorsqu’à 6 h j’entends la cloche je suis encore profondément dans mon lit & le plus souvent, dormant encore je ne l’entends pas. Et cependant triste à dire je suis encore plus matinal que mes collègues. Il fait chaud, mais nous avons un vent d’Est qui nous sèche à tel point qu’il faudrait de l’Eau à la terre. Cet été nous n’avions pas encore un seul orage.

J’ai engagé Léon à quitter à 1 h pour aller faire visite à sa femme[6]. Il couchera à Zurich & le Dimanche il est de bonne heure à Albisbrunn ; tandis qu’en couchant à Bâle il voyage presque toute la journée & comme il veut rentrer Mardi soir, il ne passe qu’une journée avec sa femme pour deux de voyage. Il paraît qu’il est arrivé quelques personnes de connaissance & que le séjour d’Albisbrunn moins triste.
Si je vous avais sous la main certainement que nous aussi faisions une petite visite & j’en profitais pour voir Einsiedeln[7] que je ne connais pas.

Ce ne sera que fin de la semaine prochaine ou commencement de l’autre fin du mois aussi que je prévois quitter.
J’aimerais voir le chantier du pont bien en train pour être assuré de la solidité du travail & pour cela il faut y aller 3 à 4 fois par jour. C’est sous terre qu’il faut chercher le solide & je préfère dépenser un peu plus & que cela soit sûr. La fabrique travaille pianissimo il faudra arrêter les Lundis si le travail ne vient pas plus fort. C’est extraordinaire comme la crise commerciale dure longtemps.

Midi viennent de sonner. Je t’embrasse de cœur ton père ChsMff


Notes

  1. Léon Duméril.
  2. Louis Alexandre Henriet et sa famille.
  3. Charles Xavier Lehmann.
  4. Marie Henriet, épouse de Léopold Zurcher.
  5. Étienne Miquey.
  6. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril, fait une saison à Albisbrunn, station thermale près de Zurich.
  7. L’abbaye d’Einsiedeln, lieu de pèlerinage.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 20 juillet 1878. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_20_juillet_1878&oldid=35454 (accédée le 17 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.