Samedi 13 novembre 1875

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1875-11-13 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-11-13 pages 2-3.jpg


Vieux-Thann le 13 9bre 75.

Ma chère Marie

Ta bonne lettre de ce matin m’a bien intéressé, car je n’avais aucune idée comment se passaient les examens [à] l’hôtel de ville ; Me voilà grâce à toi instruit & ce qui est plus important c’est que tu ne t’en effrayes pas ; car franchement autrement, je te prierais de ne plus y songer, ne considérant cet agrément de diplôme pour toi, qu’une satisfaction d’amour-propre bien placé, amour-propre du papa bien entendu, & peut être de tantine[1] aussi ?

M. Duméril Ingénieur[2] est ici depuis hier au soir, il va faire un séjour qui n’est pas fixé mais je compte le retrouver à mon retour. Retour de Paris bien entendu.

L’affaire Haeffely est terminée tout est convenu, signé, le 1er Janvier il prend possession de l’immeuble ; Je crois que les Duméril[3] ne veulent pas attendre que la maison soit prête pour déménager, ne se souciant pas de rester à Morschwiller lorsque l’usine sera exploitée par Haeffely.
Je les attends demain & je ne sais encore si nous pouvons prendre une détermination pour ce qui les regarde. Malheureusement il y a tout ce long hiver à passer avant de pouvoir songer à faire des Constructions. mais Je pense & espère qu’il n’y en aura pas d’autres, que tapisser quelques pièces. Jusqu'à présent l’on n’a touché à rien & l’on ne fera rien avant mon retour c’est te dire que je ne ferai que vous embrasser bien fort & rentrerai bien vite.

Mon départ n’est pas fixé & je ne veux le faire qu’après la visite des Duméril. Il est donc plus que probable que je vous arrive sans annoncer l’heure de mon arrivée le plus tôt sera le mieux, j’espère que je saurai partir Mardi matin ou soir. J’aimerais par ce mauvais temps voyager le Jour.

Nous sommes sans nouvelles de M. et Mme Heuchel[4] je suppose que ce sont de bonnes nouvelles ; il y a 4 à 5 jours la tante allait aussi bien que possible. Mon Oncle est enchanté de ce que j’ai fait pour Morschwiller.

Maçons, charpentiers etc. sont occupés à réparer les dégâts occasionnés par le vent. L’Eau ne nous a rien fait sauf au Moulin où elle a enlevé le barrage. Ce qui sera une assez forte dépense & un grand ennui vu la saison. Je finirai par placer au Moulin une petite machine à Vapeur !

De nouveau le Rossberg a son bonnet blanc, mais il fait chaud à ne pas désirer de feu dans les chambres. Du reste c’est l’été de la Saint Martin & nous pouvons, d’après le respectable baromètre, avoir encore de beaux jours. Mais la campagne ressemble à Crabe[5] sortant du trou d’arrosage de Morschwiller Mémorable Journée. pour Crabe.

Il faut que ce soit toi qui me parles de ma chère Friquet[6], elle n’en dirait rien surtout s’il y a du bien à en dire.
Puisque cette chérie ne nous entend pas nous pouvons bien nous dire qu’elle est bien gentille. Mais chut, les petites oreilles sont fines & si elle nous entendait elle ne serait pas contente.

Encore un accident arrivé à Jeangele, il était chargé, avec un autre Jeune homme, de conduire une vache à Uffholtz[7], en route, un petit ruisseau que la bête refuse de passer, à force de bonnes paroles & quelques coups de bâton elle s’y décide, mais par un bond. Le conducteur qui ne s’y attendait pas & qui maladroitement s’était attaché à la bête est lancé par terre & traîné une 10zaine de pas. Il a été conduit à l’hôpital de Cernay où le docteur a constaté une foulure de l’épaule & la jambe fortement écorchée, la foulure a été immédiatement réduite & le voilà couché à côté de son petit garçon auquel l’on [a] dû remettre la jambe une seconde fois.

J’espère qu’il se remettra assez vite & que l’accident n’aura pas d’autres suites. En cherchant bien, j’aurais peut être encore bien quelques petites choses à te raconter mais comme bientôt nous nous causerons plus à notre aise je termine. tu sais tu es chargée d’embrasser tout le monde, comme je t’embrasse

ton père qui t’aime

CharlesMff

Il est possible que vous receviez un télégramme.


Notes

  1. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  2. Charles Auguste Duméril.
  3. Louis Daniel Constant Duméril et son épouseFélicité Duméril.
  4. Georges Heuchel et son épouse Elisabeth Schirmer, qui se faisait opérer à Strasbourg (l’« oncle » et « la tante »).
  5. Crabe, le chien d’Alphonse Milne-Edwards.
  6. « Friquet », Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  7. Uffholtz, entre Cernay et Wattwiller.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 13 novembre 1875. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_13_novembre_1875&oldid=35337 (accédée le 8 août 2022).

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