Mercredi 5 novembre 1902

De Une correspondance familiale



Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Douai), à sa sœur Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris


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Douai, 5 Novembre

Ma chère Marie,

J’ai appris par tante Cécile[1] que ta sollicitude pour Jacques[2] s’est étendue jusqu’à sa course de rentrée et que tu as tenu à le faire accompagner à son collège. Je te reconnais là, ma bonne chérie, et je te remercie d’avoir si bien veillé sur lui.

Lundi une dépêche, puis une lettre hier, nous annonçaient les Target[3] pour ce soir, mais à 5h, quand tout notre déménagement était fait, une dépêche nous apprenait que l’arrivée serait remise à demain. Viendront-ils demain ? Chi lo sa ? il est prudent de s’attendre à des surprises jusqu’à ce qu’ils soient dans la maison !

Et les grèves continuent toujours ! chaque jour on dit : c’est la fin et en ce moment il y a au contraire moins de descentes qu’il y a quelques jours : à la fin de la semaine dernière le travail avait repris presque partout, mais quelques enragés ont intimidé les ouvriers qui essayaient de reprendre le travail, il y a des violences commises, des maisons pillées, des carreaux cassés, et c’en est assez pour décourager les bonnes volontés.

Quand Robert[4] doit-il arriver au Corps ? le reverrai-je avant son départ ? je le voudrais bien.

Je suis tout à fait abrutie n’ayant pas arrêté de trottiner chez moi depuis le matin ou de galoper dehors pour chercher les enfants et faire des visites ; je m’assieds avec satisfaction mais je crains que mon style se ressente du vide de mes esprits et aussi de la lecture que me fait Pierre[5] de la description du château de Fontainebleau.

Le changement d’encre te prouve que j’ai changé de domicile ; me voilà en bas, bien reposée par un bon dîner et je viens t’embrasser, petite sœur aimée et te remercier encore pour l’accueil si bon que tu as fait à mon grand garçon. Je suis heureuse de le sentir près de toi, dans ton atmosphère et de penser que, s’il avait quelque chose tu serais là. C’est dommage que tu ne nous envoies pas Robert en échange… Malheureusement on ne prend pas de dispensés dans l’artillerie !

Mille amitiés à tous de la part de Damas[6] et de la mienne.

Émilie

Notes

  1. Cécile Milne-Edwards, veuve d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  2. Jacques Froissart, pensionnaire à Paris.
  3. Louis Target, son épouse Thérèse Maugis et leurs filles (probablement Marie et Françoise Target).
  4. Robert de Fréville.
  5. Pierre Froissart.
  6. Damas Froissart.

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer cette page

« Mercredi 5 novembre 1902. Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Douai), à sa sœur Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_5_novembre_1902&oldid=54597 (accédée le 14 août 2022).

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