Mercredi 31 octobre 1821

De Une correspondance familiale


Lettre de Louis Benoît Guersant (Paris) à son ami Pierre Bretonneau (Tours)


Paris, 31 octobre 1821.

Que faites-vous, mon cher ami ? où en est votre mémoire sur l’entéro-mésentérite ? êtes-vous bientôt en état d’envoyer cela à Duméril[1] ? Velpeau m’a dit que vous trouviez bien doux qu’on vous laissât tranquille ; mais cependant il n’y a plus à reculer, il faut enfin que vous accouchiez ; vous êtes depuis assez longtemps dans les douleurs de l’enfantement. J’ai fait enfin votre rapport mardi dernier. Duméril m’avait promis de s’occuper de le faire copier et de vous l’envoyer de suite. Je suis bien fâché de n’avoir pas pu le faire plus tôt, mais ma paresse n’est pas la véritable cause de ce retard ; il était impossible d’occuper l’Académie de ce rapport pendant le temps de la discussion de son règlement, qui n’a fini que mardi ; vous trouverez peut-être ce rapport un peu long, mais j’ai cru utile dans vos intérêts de présenter avec quelques détails les points les plus importants de votre affaire, parce que la plupart des membres n’en avaient qu’une idée très incomplète et même fausse. Que voulez-vous faire de ce rapport ?

Voulez-vous que nous l’imprimions dans le journal ? Voulez-vous le réserver pour votre volume seulement ? Sauf meilleur avis, je le ferai imprimer d’abord dans le journal, et ensuite dans le volume. Il peut paraître le mois prochain dans le journal, et contribuera, je pense, à faire connaître encore votre mémoire d’une manière avantageuse. Vous pourriez ensuite, dans votre préface, répondre à quelques points de la critique du rapport, si vous le jugez convenable. Bertin[2] avait fait trois pages de critique sur votre mémoire, et le tout ab irato, parce que vous n’avez pas été le voir ; il paraît assez susceptible ; néanmoins je l’ai calmé de mon mieux en prenant pour mon compte une partie du blâme, et lui disant que vous aviez l’intention d’aller le voir, et que c’est moi qui suis cause que vous n’y êtes pas allé. Double était, au contraire, on ne peut plus bienveillant ; mais il avait voulu être chargé du rapport, et m’a un peu boudé, je crois, de n’y avoir pas consenti. Il m’a dit qu’il aurait été bien aise de profiter de cette occasion pour faire connaître plusieurs recherches importantes et plusieurs faits curieux qui lui sont personnels. Je crois qu’il y a un peu de jactance dans son fait, et je lui ai observé fort poliment qu’un rapport était principalement destiné à faire connaître l’ouvrage dont on était chargé de rendre compte, et non pas son travail particulier. Sur quoi il m’a répondu qu’il le publierait à part. je lui ai laissé votre mémoire, qu’il n’avait pas eu le temps de lire encore, à ce qu’il m’a dit ; si vous avez besoin qu’on vous l’envoie pour y faire les changements nécessaires pour l’impression, marquez-le-moi, je le lui redemanderai. Indiquez-moi par quelle voie je puis vous le faire parvenir. Ne pensez-vous pas qu’il serait bon de déposer vos pièces au cabinet de l’Ecole de médecine ? elles seraient vues là tous les jours, au lieu qu’elles seront enfermées dans les archives de l’Académie, et n’en sortiront pas de sitôt.

Quant à la planche qui accompagne le mémoire, peut-être sera-t-il bon de la faire lithographier et de la joindre au mémoire. Répondez-nous sur tout cela à Duméril ou à moi, il traitera en conséquence avec le libraire ; mais, sur toutes choses, ne perdez pas de temps pour terminer votre mémoire sur l’entéro-mésentérite, et rassemblez toutes vos observations sur la diphthérite : je désirerais, sauf meilleur avis, qu’elles fussent le plus multipliées possible.

Velpeau a assez bien réussi dans ses préparations, voilà bientôt le moment décisif pour lui. Ecrivez à Béclard et Orfila, je leur parlerai de mon côté, et Cloquet[3] aussi ; je désirerais bien que ce pauvre garçon pût obtenir quelque chose, il est très laborieux, et mérite vraiment d’être encouragé.

Mille amitiés de la part de tous les miens et en particulier de votre tout dévoué.


Notes

  1. André Marie Constant Duméril.
  2. René Joseph Hyacinthe Bertin (1767-1827), professeur d’Hygiène à la Faculté, membre de l'Académie Nationale de Médecine.
  3. Il s’agit soit d’Hippolyte Cloquet, soit plutôt de son frère Jules, qui est élu membre de l’Académie royale de Médecine en 1821.

Notice bibliographique

D’après Triaire, Paul, Bretonneau et ses correspondants, Paris, Félix Alcan, 1892, volume I, p. 442-445. Cet ouvrage est numérisé par la Bibliothèque inter-universitaire de médecine (Paris)

Pour citer cette page

« Mercredi 31 octobre 1821. Lettre de Louis Benoît Guersant (Paris) à son ami Pierre Bretonneau (Tours) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_31_octobre_1821&oldid=42762 (accédée le 19 août 2022).

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