Mercredi 19 mai 1869

De Une correspondance familiale


Lettre d’Eugénie Desnoyers (Nogent-le-Rotrou-Launay) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


Launay 19 Mai

5 h

Mon cher Charles,

A peine nous as-tu quittés que déjà me voici prenant la plume pour causer avec toi. Je ne commencerai pas par te dire que nous avons déjà (nous trois[1]) le temps long après toi, il faut garder cela pour une autre lettre, mais je te dirai que nous avions le cœur un peu gros en recevant ton dernier petit adieu lorsque le chemin de fer est parti entraînant notre plus cher ami à toutes trois. Nous sommes remontées fort sagement en nous donnant le bras, et causant de tout ce que nous pourrions bien faire jusqu'au retour du bon père. Le ciel a attendu que nous fussions à Launay pour laisser tomber une nouvelle averse et maintenant, on lit, travaille, copie au billard. Mais je viens de faire avec papa et maman[2] une petite séance avec des fermiers aspirants et c'est ce qui me permet de venir déjà te griffonner.

Il s'agit de Victor Ménager qui est venu avec sa femme[3], sa mère[4] et son beau-père. Ils ont grand désir d'avoir la ferme de Launay. La femme est très bien, une vraie fermière, elle nous a beaucoup plu, l'air ouvert et bonne santé. La mère de Ménager est une bonne vieille femme à l'air honnête qui offre son bien (40 arpents) pour garantie de son fils. Le père de la femme, l'ancien meunier, qui a perdu son bien, est encore maire de s[5], il était là aussi et paraît s'entendre en culture. Ils ont discuté leurs intérêts, mais sans chercher chicane et ont dit qu'ils consentaient à louer aux conditions que tu leur avais faites et que nous leur avons répétées d'après le petit papier que nous avons écrit ensemble. Papa leur a lu en entier l'ancien bail, puis le sous-seing préparé pour les autres (avec l'augmentation 3 100 F et dans 4 ans 3 200 F. Et la moitié du fumier pendant 4 ans.) puis on a regardé l'état des lieux de la terre, et ils étaient prêts à signer, mais nous leur avons dit que nous voulions t'écrire avant de terminer et ils reviendront Lundi pour savoir ta réponse et jusque là nous ne ferons affaire avec aucun autre. Papa va tâcher de rencontrer le notaire[6] demain pour savoir encore quelque chose sur eux comme position pécuniaire. Les gens nous paraissent bien. Ils entreraient avec 4 juments, 5 vaches, 25 moutons et les ustensiles, voitures && voilà ce qu'il a à son autre ferme ; on pense qu'il aurait à augmenter le nombre des bêtes à Launay par la suite.

Tu me feras plaisir de me répondre si tu crois qu'on peut faire affaire avec ces gens-là, et puis ce serait une affaire terminée-

Tu dois être déjà fatigué, et tu n'es qu'au petit commencement de ta pérégrination, te voilà avec M. Ruot autre cause de mal de tête.

J'attends avec impatience de tes nouvelles et mes petites filles se réunissent à moi pour t'embrasser comme nous aimons à le faire.

toute à toi

Eugénie M.

Mille amitiés à oncle tante Georges[7] et les grands-parents Duméril[8]

J'attends avec impatience une chère lettre de toi. Que de besogne tu vas trouver en arrivant


Notes

  1. Eugénie et les jeunes Marie et Emilie Mertzdorff.
  2. Jules Desnoyers et son épouse Jeanne Target.
  3. Michel Victor Ménager est l’époux de Julie Augustine Elisabeth Gasselin, fille d’Augustin Sébastien Gasselin.
  4. Françoise <Broust>, épouse de Michel Ménager.
  5. Eugénie ne se souvient pas du nom du village dont Augustin Sébastien Gasselin est maire : possiblement Margon.
  6. notaire
  7. Georges Heuchel et son épouse Elisabeth Schirmer.
  8. Félicité Duméril et son époux Louis Daniel Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 19 mai 1869. Lettre d’Eugénie Desnoyers (Nogent-le-Rotrou-Launay) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_19_mai_1869&oldid=51613 (accédée le 16 août 2022).

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