Mercredi 11 juin 1919

De Une correspondance familiale


Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (mobilisé)


original de la lettre 1919-06-11 pages 1-4.jpg original de la lettre 1919-06-11 pages 2-3.jpg


11 Juin 19

Mon cher Louis,

Quoique je n’aie encore rien de toi, je ne veux pas te laisser plus longtemps sans nouvelles. Voici les plus importantes :

Les Jacques[1] viennent de partir définitivement pour Saint-André, avec 300 kilos de bagages, mais non sans en laisser encore à peu près autant qui devront gagner Douai ultérieurement. Que serait-ce s’ils n’avaient pas tout perdu !

Bernard[2] a été opéré hier des végétations et ne paraît pas s’en apercevoir n’ayant gardé d’ailleurs aucun souvenir de ce qu’on lui a fait. Heureux âge !

Mais voici qui est plus grave et bien affreusement triste. La fille de M. et Mme Deschamps, la grosse Suzanne[3] que tu as connue et qui n’était plus la grosse Suzanne, mais Mme Dufourmantelle, (fort délicate) est morte hier matin alors que. On la croyait en très bonne voie de guérison d’une maladie qui avait donné de sérieuses inquiétudes il y a quelques mois et la mort presque subite a été une épouvantable surprise. Les malheureux parents n’avaient plus qu’elle ayant perdu leur fils[4] tué en 1915 ! Les CD[5] en ont beaucoup de chagrin.

Quant à l’oncle Ferdinand[6] il continue à se cramponner à la vie si on peut appeler ça vivre. Il voudrait retourner à Hazebrouck. Mais on ne veut pas lui laisser tenter cette folle aventure sans l’avoir muni d’un bandage qui rendra peut-être le voyage moins fatal. Lucie[7] doit rester de faction auprès de lui et assurer son transport. Je pense que, si le bandage se fait attendre, elle confiera les enfants[8] à Mme Lesaffre qui est à Wimereux. Ils ont tous bien mauvaise mine.

Tes bagages ne sont pas arrivés. Il n’y a sans doute rien de désespéré dans cette absence, mais cela devient bien un peu inquiétant. Peux-tu faire quelque démarche pour trouver leurs traces.

Je t’embrasse tendrement mon cher enfant.

Emy

Nous avons reçu une bonne lettre des Pierre[9]. Nous les attendons Dimanche matin et Michel[10] Samedi soir.


Notes

  1. Jacques Froissart, son épouse Elise Vandame et leurs trois fils Jacques Damas, Marc et Claude Froissart.
  2. Bernard Colmet Daâge.
  3. Suzanne Deschamps, fille d’Auguste Deschamps et de Lucie Glasson, épouse de Roger Dufourmantelle.
  4. Jean Auguste Ernest Deschamps.
  5. Guy Colmet Daâge et sa famille.
  6. Ferdinand Degroote.
  7. Lucie Froissart, épouse d’Henri Degroote.
  8. Anne Marie, Georges, Geneviève, Odile et Yves Degroote.
  9. Pierre Froissart et sa nouvelle épouse Antoinette Daum.
  10. Michel Froissart.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 11 juin 1919. Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (mobilisé) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_11_juin_1919&oldid=55173 (accédée le 13 août 2022).

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