Mercredi, mi-janvier 1871

De Une correspondance familiale

Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à Félicité Duméril (Morschwiller)


Vieux-Thann

Mercredi soir

9h

Chère bonne-Maman,

Charles[1] vous a écrit longuement, mais je veux cependant vous adresser aussi quelques lignes pour vous remercier de vos bonnes lettres et de l'aimable attention que vous avez eue d'y joindre 4 œufs si bien emballés, c'est une rareté, dont vous vous êtes privés pour nous.

Nous n'avons toujours pas reçu de lettre ni de Léon[2], ni de Paris[3], nos cœurs sont toujours avec ces chers amis qui voudraient pouvoir faire quelque chose pour leur chère France. J'espère que quelque chose vous est venue de Léon et que le cher garçon est encore à Lyon.

De plus en plus on devient anxieux, les nouvelles de Montbéliard paraissent être à notre avantage, ce soir le canon de Belfort gronde terriblement[4].

J'ai reçu une bonne lettre de constance[5] (de Nantes par la voie de Bâle) elle avait reçu ma lettre du 27 Décembre et avait répondu le 9 le jour où elle lui était parvenue. Elle dit que les dernières nouvelles de M. Lafisse étaient du 28 et qu'à cette date tout notre monde allait encore bien. Sa mère[6] est toujours dans un état pénible ; elle me demande d'écrire à Raymond[7] qui est prisonnier à Hambourg et dont elle ne reçoit pas de lettre. Mme Duval[8] est à Avignon, mais son mari est souffrant et n'a pas pu conserver son commandement.

Nos hôtes[9] vont bien, tristement mais les enfants forcent à rire quand même et donnent beaucoup d'occupation ce qui est fort utile.

Marie[10] va très bien, malgré sa grosse dent qui la gêne, Emilie[11] a encore eu aujourd'hui des coliques, malgré un bon sommeil et un appétit d'ogre. Je veux encore demander à M. Conraux.

Bonsoir, chère bonne-Maman, et cher bon-papa[12].

Nous vous embrassons de cœur votre bien affectionnée

Eugénie M.


Notes

  1. Charles Mertzdorff.
  2. Léon Duméril.
  3. Lettres attendues de la famille Desnoyers.
  4. En janvier 1871 l'armée de la Loire, dite de Bourbaki, arrive sur les hauteurs de Montbéliard pour délivrer Belfort où Denfert-Rochereau s'est enfermé avec ses troupes. C’est un échec.
  5. Constance Prévost épouse de Claude Louis Lafisse.
  6. Amable Target, veuve de Constant Prévost.
  7. Raymond Duval.
  8. Bathilde Prévost, épouse d’Alphonse Duval, officier.
  9. Frédéric Mertzdorff, son épouse Caroline Gasser, leur fille Elisabeth, épouse d’Eugène Bonnard et ses enfants Charles et Pierre Bonnard (voir les lettres du 24 février et du 26 février).
  10. Marie Mertzdorff.
  11. Emilie Mertzdorff.
  12. Louis Daniel Constant Duméril, époux de Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi, mi-janvier 1871. Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à Félicité Duméril (Morschwiller) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi,_mi-janvier_1871&oldid=35273 (accédée le 30 juin 2022).

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