Mardi 4 mars 1806

De Une correspondance familiale

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son père François Jean Charles Duméril (Amiens)

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N°165 et 166

Paris le 4 Mars 1806

Mon très cher Père,

J'ai reçu hier les papiers que vous avez eu la complaisance de m'adresser et j'ai vu le Notaire chargé de dresser mon contrat. Il m'a dit que le consentement que vous me donniez ne suffirait pas. Il faut un acte notarié de vous et de Maman[1] par lequel vous consentirez purement et simplement à mon mariage avec Madame Alphonsine Delaroche, veuve de M. Horace Say[2]. Il n'est pas nécessaire de procuration.

J'ai été fâché de voir que vous vous occupiez de la petite portion de patrimoine qui pourrait me revenir. Vous savez que depuis longtemps j'ai pu heureusement subvenir à mes besoins et je n'ai jamais espéré avoir de la fortune de succession. Jouissez longtemps de votre petit avoir et croyez que je ne regrette qu'une chose, c'est de ne pouvoir l'augmenter et vous voir dans une plus grande aisance.

Vous m'avez aussi chagriné en m'accusant de défaut de confiance. Je puis vous assurer que j'avais si peu mon parti pris lorsque je suis allé à Amiens à la nouvelle année ; que je n'avais même pas communiqué mes projets à Madame Say, qui était certainement la personne que la chose intéressait le plus : comme elle pourra vous l'avouer elle-même j'avais seulement annoncé ce projet il y a longtemps à Reine et à Auguste[3] et longtemps avant mon départ pour l'Espagne[4].

Nous nous faisons un vrai plaisir de partir pour Amiens immédiatement après notre mariage. Madame Say est bien sensible à la bonne opinion que vous avez d'elle, elle fera en sorte de mériter votre amitié. Elle m’a chargé de vous le dire. Je crois au reste qu'elle me chargera aujourd'hui d'une lettre pour Maman.

J'ai reçu hier une lettre d'Auguste datée de Milan du 20 février. Il est toujours fort content, il me fait passer des fonds pour acquitter les différents emprunts qu'il a faits dans la famille et il m'annonce l'envoi prochain d'autres sommes dont il détermine l'emploi. Au reste il paraît que je ne recevrai les premiers fonds que sous un mois. Il comptait partir le 22 pour Rome par le courrier. Il me charge de vous donner de ses nouvelles. Les autres détails qu'il me donne me concernent particulièrement.

J'ai reçu aussi hier une lettre de Montfleury[5] datée de Hameln[6] le 12 février. Lui, sa femme et ses enfants se portent bien. Ils sont toujours séparés. Il me charge de faire quelques démarches auprès du Ministre[7] afin d'être employé en qualité de chef de Service auprès du Corps d'armée qu'on dit devoir être cédé par l'empereur et passer au service du Royaume de Bavière et de Souabe et dans l'électorat de Bade.

Je vous embrasse de bien bon cœur.

Votre fils C. Duméril


Notes

  1. Rosalie Duval.
  2. Jean Honoré dit Horace Say.
  3. Sœur et frère d’André Marie Constant Duméril.
  4. André Marie Constant Duméril a quitté Paris pour une mission médicale en Espagne le 15 juillet 1805.
  5. Florimond dit Montfleury (l’aîné), frère d’André Marie Constant Duméril, est marié à Félicité Vatblé. Ils ont alors 3 enfants.
  6. Hameln (Hamelin en français) est une ville de Basse-Saxe.
  7. Le ministre de la Guerre Louis Alexandre Berthier.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 2ème volume, p. 144-146)

Pour citer cette page

« Mardi 4 mars 1806. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son père François Jean Charles Duméril (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_4_mars_1806&oldid=41007 (accédée le 11 août 2022).

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