Mardi 30 et mercredi 31 mai 1876

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1876-05-30 pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-05-30 pages 2-3.jpg


Paris le 30 Mai 1876

Sera-t-il dit, mon petit Père chéri, que nous ne t’écrirons pas aujourd’hui ? Je ne sais si ma lettre pourra partir mais au moins je veux la commencer et pendant que Mlle Poggi[1] me vole de ma leçon pour faire déchiffrer Émilie[2] je viens vite te dire un petit bonjour.

Nous avons reçu ce matin ta gentille lettre de Dimanche soir ; quelle bonne et précieuse chose que les lettres ! car c’est bien triste d’être séparé, mais que serait-ce si l’on ne pouvait avoir de nouvelles les uns des autres ? Nous avons de nouveau un temps admirable et extraordinairement chaud.

Mercredi 11h. C’est décidément en attendant mes leçons que je t’écris, mon petit père, je t’ai quitté hier à l’appel de Mlle Poggi et aujourd’hui je reviens auprès de toi en attendant Mme Foussé[3] qui est déjà d’une demi-heure en retard, mais chut la voilà.

Mercredi 2h au cours. Encore un autre morceau, mon pauvre petit papa, décidément cette lettre a de la peine à être écrite et si je la finis ici avec ce mauvais crayon pourras-tu même la lire ? Enfin tant pis elle te donnera toujours de nos nouvelles et c’est toujours quelque chose.

Je t’assure qu’en ce moment je m’amuse plus et je me donne moins de peine avec toi que ces pauvres filles qui sont devant moi et qui ont à faire un style sur l’homme ses droits et ses devoirs je ne sais trop comment ma sœur va s’en tirer mais je sais très bien que pour mon compte je le ferais fort mal surtout la 1re partie, j’ai peu approfondi les droits de l’homme et sais seulement qu’ils ont été reconnus dans la nuit du 4 Août 1789. Je On vient de rendre des styles et Henriette[4] est 1re avec un devoir ravissant qu’elle vient de lire, Mumele est 2e.

C’est décidément demain Jeudi à 10h que nous partons pour Launay nous sommes folles de joie. Bon-papa et bonne-maman[5] sont partis aujourd’hui pour Rambouillet où oncle Auguste[6] est arrivé et où ils passeront trois jours puis ils viendront nous rejoindre ce qui augmente notre plaisir. Hier a été une journée extrêmement chargée nous avons eu 4 leçons entre autres Mlle Duponchel[7] qui m’a chargée de te dire qu’elle était assez contente de moi ; j’ai dessiné 4 ou 5 fois entre mes leçons mais je ne fais pas encore de merveilles. J’ai aussi passé 2 leçons à essayer de dessiner des plantes d’après nature je n’ai fait que les esquisser. J’emporte mon petit album de Port[8]. y rapporterai-je quelque chose ? je l’espère mais n’en suis pas bien sûre car ces 5 jours vont passer comme le vent.

Je tousse encore un peu je pense que ce changement d’air va me faire du bien. M. Dewulf[9] que tante[10] avait demandé hier a dit que ce n’était rien.

Hier soir tante a été au [ministère] il y avait un concert et paraît-il un monde fou aussi n’y est-elle restée que 20 minutes. C’est bien la peine de s’habiller.

Adieu, mon Père chéri, oncle[11] m’a chargée de te dire qu’il te serait bien obligé de lui envoyer 2 timbres allemands de la valeur nécessaire pour aller de Berlin à Paris car il doit écrire à un libraire qui ne lui répondra que s’il lui envoie le port de sa lettre.

Je t’embrasse comme je t’aime. ta fille qui te demande bien pardon de t’envoyer une telle horreur c’est la faute de Mlle Des Essart qui ne veut pas qu’on écrive à l’encre.

Marie


Notes

  1. Mlle Poggi, professeur de piano.
  2. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie (appelée aussi « Mumele »).
  3. Céline Silvestre de Sacy, épouse de Frédéric Foussé, professeur d’anglais.
  4. Henriette Baudrillart.
  5. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  6. Charles Auguste Duméril.
  7. Marie Louise Duponchel, professeur de dessin.
  8. Album commencé l’été précédent à Port-en-Bessin.
  9. Le docteur Louis Joseph Auguste Dewulf.
  10. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  11. Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 30 et mercredi 31 mai 1876. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_30_et_mercredi_31_mai_1876&oldid=56931 (accédée le 19 août 2022).

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