Mardi 2 avril 1861

De Une correspondance familiale

Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa cousine Isabelle Latham (Le Havre)


original de la lettre 1861-04-02 pages1-4.jpg original de la lettre 1861-04-02 pages2-3.jpg


Vieux Thann[1]

2 Avril 1861

Ma chère Isabelle

Je ne sais comment te faire mes excuses et te dire tous mes remords d'avoir été si longtemps sans t'écrire et de n'avoir pas répondu aux bonnes lettres que tu m'as adressées. La seule chose qui puisse me faire pardonner c'est la naissance de ma petite fille[2] ; longtemps j'ai été assez patraque et peu en train pour prendre la plume et depuis bientôt deux mois j'ai été tout à fait clouée. Je me remettais très bien et espérais déjà sortir de ma chambre lorsqu'il m'est survenu un abcès au sein qui m'a fait beaucoup souffrir et me gênait bien pour nourrir ; en même temps j'ai eu ma petite Mimi[3] assez souffrante pour les dernières grosses dents de sorte que tu le vois, j'ai été bien absorbée.

J'ai pris une vive part ma bien chère Isabelle à la vilaine maladie qui vous a retenus si longtemps Lionel[4] et toi ; je comprends que ton hiver a été bien peu agréable d'autant plus qu'avec cette ennuyeuse scarlatine on est mis en quarantaine et abandonné de tous ceux qui n'ont pas encore eu cette maladie. Nous venons d'apprendre par une lettre de Paris qu'Edmond[5] a aussi été souffrant mais qu'heureusement il est bien mieux ; espérons que vous aurez enfin assez payé votre tribut et que vous allez tous faire un nouveau bail de santé.

Je voudrais bien persuader à ton père[6] qu'un changement d'air vous ferait du bien et que l'air du Vieux Thann par-dessus tout est salutaire. Je serais si heureuse de vous voir enfin tenir votre promesse de nous faire une visite. Voilà déjà un an ce mois-ci que nous ne nous sommes vues ; c'est bien long, et puisque je suis allée au Havre c'est à ton tour à venir en Alsace. J'ai une nouvelle fillette à te présenter, fillette qui vient à ravir jusqu'à présent et pour ses 7 semaines. Mimi se développe toujours à souhait, elle va avoir deux ans et t'amuserait bien, j'en suis sûre. Elle parle bien maintenant et ses réflexions et ses idées nous amusent comme tu peux te l'imaginer. Maman[7] m'a dit qu'elle a trouvé la petite de Berthe[8] si jolie et si aimable. Fais-en bien mes compliments à ses chers parents je te prie, j'espère qu'un jour mes enfants feront la connaissance de leurs cousins et cousines de la Côte. Ma petite Emilie est aussi rapprochée d'âge que possible de la petite Marie Pochet ; dans ce moment la différence est très sensible mais elle s'effacera chaque jour. Ma mère est auprès de nous depuis près de deux mois mais mon père[9] ne tardera pas à arriver ; tu comprends ma joie de les voir s'établir si près de nous.

Je te prie ma chère Isabelle d'être notre interprète auprès de ton bon père pour lui présenter nos meilleurs sentiments d'affection et lui rappeler que c'est avec une vive impatience que nous attendons votre arrivée ici, et que nous le prions bien de ne pas trop tarder à tenir sa promesse. Dis aussi à Mademoiselle Pilet[10] combien ma mère et moi serons heureuses de la revoir et de tâcher de lui faire les honneurs du Vieux Thann avec la bonne amitié et la grâce qu'elle a mise à nous faire ceux du Havre. Tu me rappelleras aussi au souvenir de toute la famille en embrassant particulièrement Mathilde[11] qui elle aussi a promis de venir me voir, mais on ne me fait que des infidélités. Dis aussi un mot de souvenir de ma part à Fanny Monod ; lorsque je saurai qu'elle vient en Alsace je me ferai un vrai plaisir de l'aller voir.

Quant à toi, ma chère Isabelle, reçois mes meilleures et mes plus tendres amitiés ; je pense bien à toi malgré mon absence et suis toujours ta fidèle amie et cousine

C M

Mes amitiés à Edmond et Lionel


Notes

  1. La lettre est rédigée sur papier deuil.
  2. Emilie Mertzdorff est née le 14 février.
  3. Marie Mertzdorff, âgée de 2 ans.
  4. Lionel Henry Latham, jeune frère d’Isabelle.
  5. Richard Edmond Latham, frère aîné d’Isabelle.
  6. Charles Latham.
  7. Félicité Duméril épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  8. Berthe Le Barbier de Tinan, épouse de Georges Pochet ; Marie est leur premier enfant.
  9. Louis Daniel Constant Duméril.
  10. Mlle Pilet est gouvernante chez les Latham.
  11. Louise Mathilde Pochet.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Mardi 2 avril 1861. Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa cousine Isabelle Latham (Le Havre) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_2_avril_1861&oldid=56534 (accédée le 14 août 2022).

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