Mardi 29 avril 1919

De Une correspondance familiale


Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Campagne-lès-Hesdin) à son fils Louis Froissart (mobilisé)


original de la lettre 1919-04-29 pages 1-4.jpg original de la lettre 1919-04-29 pages 2-3.jpg


Brunehautpré 29 Avril 19

Mon cher Louis,

Ta bonne lettre du 23 nous est arrivée hier renvoyée de Paris. J’espère que tu en as reçu aussi de moi, il me semble t’avoir écrit de Paris depuis que tu es à Sarrebruck et une petite carte en chemin de fer. Quant au beurre, Octavie[1] m’a dit t’en avoir envoyé à ton ancienne adresse et je lui ai donné ta nouvelle adresse, elle va t’en envoyer aujourd’hui. Si tu n’en veux pas, écris-lui de cesser les envois. On le vend 8 F la livre dans le pays !

Je ne pense pas que les de Miribel[2] désirent aller à Sarrebruck, étant donné l’événement que l’on attend au mois d’Août. Néanmoins si Fernand y est envoyé Françoise l’accompagnera et l’héritier naîtra là-bas. Je serais bien aise pour toi que tu aies cette occasion de faire connaissance avec eux, car à Paris on ne se rencontre que dans la rue.

Nous sommes heureux de reprendre possession de Brunehautpré, mais que de choses à remuer jusqu’à ce que chacune ait retrouvé sa place ! Nous avons commencé par aller Dimanche à Campagne, Bamières, Dommartin, puis hier ton papa[3] est parti en auto pour Boulogne où l’attirait une réunion du « Télégramme » ; il devait aller ensuite jusqu’à Oye et peut-être plus loin. Il est parti en me disant, comme d’habitude : tu me prendras quand je reviendrai.

Nous avons trouvé ton oncle Paul[4] assez bien, mais il m’a paru vieilli. Il sort dans les champs et a repris sa vie active, il viendra ici Vendredi avec ses filles. Gab.[5] est allée passer les vacances à Bavay avec ses 2 aînés[6] et revient demain quoiqu’Albert ait repris sa vie à Bavay et y soit même surchargé d’occupations. La question de logement qu’on met en avant me paraît un prétexte pour motiver la présence de Gab à Bamières. Elle ne veut évidemment pas laisser Laure[7] seule avec son père. Marguerite[8] est toute disposée à revenir et n’attend qu’une auto, mais celles de Bamières sont en panne, très gravement, et celles d’Hallines ne sont pas disponibles, paraît-il. Notre pauvre petite Laure est toujours bien courageuse. Les Max[9] sont retournés chez eux.

Made[10] ne devait pas avoir reçu le Struwwelpeter[11] quand je suis partie, car elle ne m’en a rien dit. Je crois bien que j’en veux ! il m’en faut au moins deux autres pour les Degroote[12] et les Jacques[13], un pour Brunehautpré et ne faut-il pas escompter l’avenir[14] ?... C’est un monument tellement nécessaire pour l’éducation des enfants ! Si donc tu en achètes 6 ils seront les bienvenus, je les garderai soigneusement.

La question de Pottier[15] n’est pas encore solutionnée. Il s’est dérobé le plus qu’il a pu Dimanche, mais ton papa sait par M. le D. que sa femme[16] et son fils[17] regrettent sa résolution qui paraît néanmoins assez ferme. Les candidats ne manquent pas : en tête se place Nestor[18]. T’ai-je dit que l’oncle Ferdinand[19] est très malade à Paris ? Henri[20] est reparti pour Hazebrouck.

Le mariage de Pierre[21] a bien de la peine à trouver une date. Cela ne m’étonne pas ! Je souhaite pour Pierre que ce soit le plus tôt possible puisque sa permission doit finir le 25 Juin.

Nous serons très heureux de te voir à Paris si tu peux venir y passer quelques heures. Michel[22] espérait un peu pourvoir venir le 11. Cette date qui est celle de la communion solennelle d’AM.[23] nous ramènera sûrement à Paris.

Il paraît que les Gaston Piollé attendent un 5e héritier. C’est beau et cela mérite encouragement. Tu ne me dis pas si ta montre marche bien.

Je t’embrasse tendrement, mon cher petit.

Emy

Il fait froid et humide ; nous avions de la neige hier et pas de charbon, que ne peux-tu nous en envoyer ?


Notes

  1. Probablement Octavie Bernard, épouse de Paul Malvache.
  2. Fernand de Miribel et son épouse Françoise de Fréville, enceinte de Jean François Marie.
  3. Damas Froissart.
  4. Paul Froissart.
  5. Gabrielle Froissart, épouse d’Albert Tréca.
  6. Paul et Gérard Tréca
  7. Laure Froissart, veuve de Jules Legentil.
  8. Marguerite Dambricourt, veuve de Jean Froissart
  9. Maximilien Froissart, Cécile Dambricourt son épouse, et leurs enfants.
  10. Madeleine Froissart, épouse de Guy Colmet Daâge.
  11. Der Struwwelpeter (Pierre l'ébouriffé, joyeuses histoires et images drolatiques pour les enfants de 3 à 6 ans) de Heinrich Hoffmann (1809-1894), médecin, poète et auteur de livres pour enfants. Ce livre de comptines allemandes, traduit dans plusieurs langues, est un recueil de leçons de morale pour enfants, traitant avec humour de ce qu’il ne faut pas faire (mal se tenir à table, se moquer des étrangers, faire du mal aux bêtes). Le livre se trouverait chez de nombreux pédopsychiatres allemands.
  12. Lucie Froissart et son époux Henri Degroote ont cinq enfants.
  13. Jacques Froissart.
  14. Emilie Froissart-Mertzdorff a 6 enfants ; seuls Jacques, Lucie et Madeleine sont déjà mariés et parents.
  15. Eloi Raymond Pottier.
  16. Aline Besse.
  17. Raymond Pottier.
  18. Nestor Bricout.
  19. Ferdinand Degroote.
  20. Henri Degroote.
  21. Pierre Froissart, fiancé à Antoinette Daum.
  22. Michel Froissart, autre frère de Louis.
  23. Anne Marie Degroote.

Notice bibliographique

D’après l’original


Pour citer cette page

« Mardi 29 avril 1919. Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Campagne-lès-Hesdin) à son fils Louis Froissart (mobilisé) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_29_avril_1919&oldid=55406 (accédée le 9 août 2022).

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