Mardi 16, mercredi 17 et jeudi 18 août 1870

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann), avec quelques mots d’Emilie Mertzdorff

original de la lettre 1870-08-16 pages 1-4.jpg original de la lettre 1870-08-16 pages 2-3.jpg


Mardi 9h  16 Août 1870.

Mon cher papa,

Je viens te remercier mille et mille fois pour ta belle lettre elle m'a fait beaucoup de plaisir et je t'assure que c'est le plus beau cadeau qu'on ait pu me faire. Il faut que je t'... Mercredi

Bonjour cher papa, je te demande bien pardon mais comme tu dis

Jeudi

Pardon pardon cher papa pour cette sale et vilaine lettre, comme tu dis c'est bien difficile de travailler à Paris cependant nous travaillons je fais une dictée (qui est beaucoup mieux écrite que tes lettres c'est très mauvais le papier glacé) puis un petit calcul je fais aussi quelques lignes d'écriture.

Maman[1] est à Quincampoix[2] chez Mme Allain[3] c'est moi qu'elle a chargé de t'écrire. Hier matin au moment où nous commencions à travailler tante[4] arrive nous chercher mais comme elle a vu qu'il fallait travailler elle a dicté à Emilie[5] et nous a emmenées chez elle. puis nous avons été aux ibis mais tu ne sais pas qu'oncle[6] a deux tout petits ibis et comme il est toute la journée au fond fort c'est tante qui en est chargée de sorte que une nous deux ou trois fois par jour nous allons emboquer[7] avec elle, ils vont à merveille. Mais je continue ma journée. Nous sommes rentrées déjeuner puis avons un tout petit peu cousu et sommes partis avec Cécile[8] chez tante Adèle[9] où nous allons très souvent elle allait sortir pour aller à Guignol oncle Auguste[10] avait les jambes moins enflées mais il ne peut aller en voiture de sorte qu'ils allaient en bateau ils voulaient nous emmener avec eux mais comme ils ne rentraient qu'à 5h et que nous ne pouvions rester que jusqu'à 3h nous n'avons pas pu. Nous sommes donc restées à jouer avec tante Eugénie[11] et un tout petit[12]. Enfin nous sommes rentrées au petit jardin à l'heure dite et nous sommes parties avec ces dames au bain froid.

Quel bonheur ! nous passons par la passerelle d'où nous voyons avec tristesse que la Seine est bien pbasse (je t'écris à l'allemande l'allemande avec des p au lieu de b) les bains pour hommes sont changés, sera-ce de même pour femmes heureusement nous voyons le drapeau on entre et on prend deux cabines il y a des dames et des petits enfants. enfin on mène au haut de l'escalier c'est très joli il y a une corbeille de fleurs au milieu une statue puis une <masse de corde>. les fleurs séparent le grand du petit bain enfin nous descendons (auparavant suivant ma noble habitude je m'étale) l'eau est délicieuse mais nous ne prenons pas de natation baigneur 1° ce serait trop cher. 2° parce qu'il faut nager pendant 1 heure. il ne se mouille pas il tient avec une corde je suis restée un quart d'heure il y a d'autres petits enfants enfin nous avons mangé notre pain en route et sommes retournées aux ibis.

Il est donc impossible de bien écrire.

Je vais te copier le règlement que mère nous a laissé elle rentre à 5 ½ et est partie à 8 9h nous avons travaillé jusqu'à l'heure de son départ.

9h promenades cerceau grande allée

10h Devoirs et lettre à papa - nous en sommes là

11h Déjeuner Récréation

1h si la blanchisseuse n'est pas là dans les galeries

2h chez les petits Soleil

goûter

4h Couture lecture d'un âne[13]

ainsi tu vois cher père que tu connais notre journée aussi bien que nous.

Ad J'ai oublié de te dire que ces soirs-ci nous jouons aux dames avec oncle Alfred[14]

Adieu mon père chéri j'espère bien que cette guerre va finir et que nous pourrons de nouveau t'embrasser comme nous t'aimons

ta petite petite fille qui t'aime de toutes ses forces

Marie Mertzdorff

Cécile te fait dire bien des choses ainsi qu'à Nanette et Thérèse[15]

2h nous allons toujours bien

Je laisse la place à Emilie

Père chéri je suis bien contente de te dire bonjour Je viens de travailler. Je t'embrasse <  >   

Ta petite fille qui t'aime        

Emilie      

on reçoit une lettre d'oncle Julien[16], il va bien le corps de M. Pavet[17] a été coupé.

oncle Julien a monté la garde pendant 25 h.


Notes

  1. Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff.
  2. Quincampoix dans la Vallée de Chevreuse.
  3. Marie Emilie Target, veuve de Benjamin Allain.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  6. Alphonse Milne-Edwards.
  7. Emboquer : mettre de la nourriture dans la bouche des animaux, afin de les engraisser plus vite.
  8. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
  9. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil.
  10. Auguste Duméril, père d’Adèle.
  11. Eugénie Duméril, épouse d’Auguste Duméril.
  12. L’un des enfants Soleil.
  13. Les Mémoires d'un âne, de la comtesse de Ségur.
  14. Alfred Desnoyers.
  15. Annette et Thérèse Neeff, domestiques chez les Mertzdorff.
  16. Julien Desnoyers.
  17. Daniel Pavet de Courteille.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 16, mercredi 17 et jeudi 18 août 1870. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann), avec quelques mots d’Emilie Mertzdorff », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_16,_mercredi_17_et_jeudi_18_ao%C3%BBt_1870&oldid=40738 (accédée le 19 août 2022).

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