Mardi 15 septembre 1812

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Amiens)

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N°215 B

1812

Paris 15 Septembre

Que vas-tu dire mon bon ami quand tu sauras que dès le second jour de ton absence je me trouve presque établie chez mes parents[1], et que c’est de chez eux que je t’écris. Il me semble que je t’entends ; il a fallu qu’elle allât tout de suite se faire gâter ; Eh ! bien en effet on me gâte si tu veux l’appeler ainsi, mais on le fait par égard pour l’enfant que je dois te donner bientôt. Le soir me trouvant assez souffrante de mal aux reins, papa trouva beaucoup plus prudent que je ne fisse pas la course en cabriolet, d’autant que celle d’avant dîner m’avait déjà fatiguée un peu. et Au moment où j’allais partir il fut donc décidé que je resterai. On transporta constant[2] sur le canapé qu’on avait placé auprès du lit de sa bonne-maman, moi je pris le lit de la petite chambre que venait de quitter ton fils, et la bonne nouvelle bonne Cécile[3] a couché dans la grande chambre d’en bas ou elle doit coucher quand nous viendrons pour plus longtemps. Aujourd’hui mon Docteur dit que le repos est ce qui me convient le mieux, de manière qu’il est à peu près arrangé que ce n’est que demain matin que je retournerai cher moi. Hier la matinée me parut un peu longue ; cependant je m’occupais de suite jusqu’au moment où je sortis, à des comptes de ménage, à écrire à Mlle de Carondelet, et à différents rangements de maison, et à installer un peu la nouvelle arrivée qui était à la maison dès neuf heures du matin, avec sa sœur qui a remporté ma lettre pour la jolie Susette[4], qui ne viendra très probablement pas me trouver cette semaine, car elle a chez elle son amie Mme Hulleu jusqu’à jeudi. Cette circonstance me contrarie beaucoup. Je l’ai priée de me répondre promptement. Je vois avec regret que, pour le moment du moins, la marche ne me convient pas mieux que la voiture, car une petite promenade que nous fîmes hier avec maman avant dîner me fatigua beaucoup. J’ai bien dormi cette nuit, et j’espère bien que tu en auras fait autant mon bon ami, que vos douze ou quatorze lieues pour arriver à l’Epine se seront faites le plus heureusement du monde, que vous aurez été très bien reçus, que vous aurez eu le temps de vous promener et que ce matin vous aurez fait également bonne route pour arriver à Amiens où je présume que vous êtes à l’heure qu’il est. J’espère que tu auras bien pensé à distribuer toutes sortes de choses respectueuses et affectueuses de ma part à ch tous les membres de la famille. On va te faire parler au long sur ton fils, et tu pourras sans scrupule en dire toute sorte de bien ; il a été d’une sagesse charmante hier et aujourd’hui il est frais comme la rose. Ce beau temps m’enchante pour vous, et j’aime à croire qu’il durera encore quelque temps. J’ai eu deux regrets, c’est de n’avoir pas pensé à te donner du chocolat qu’il était convenu que tu emporterais, et de n’avoir pas fait prendre de l’essence de Girofle pour le cas où tu aurais un retour de mal aux dents, mais j’espère que tu n’en auras pas senti le besoin ; je te recommande de ne pas oublier d’en prendre à Amiens. J’ai eu un troisième regret c’est de ne t’avoir pas embrassé hier au moment de ton départ comme je l’aurais voulu, la présence de M. Cloquet[5] me gênait, et je n’ai pu te serrer contre moi comme mon cœur en avait le besoin. Adieu mon bien bon ami, j’espère que demain tu m’écriras de tes nouvelles avec quelque détail, et que tous les matins en te réveillant tu penseras à ton amie, avant que rien vienne te distraire de cette pensée. Quant à toi tu peux être sûr d’être toujours avec moi, je ne te quitte donc pas mais je t’embrasse comme je t’aime.

Tu as mille amitiés de la famille.


Notes

  1. Pendant la tournée des jurys de médecine qu’effectue son mari (André Marie Constant Duméril), Alphonsine s’est installée rue Favart, chez ses parents Daniel Delaroche et Marie Castanet. Voir les adresses de la famille Duméril.
  2. Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Cécile, domestique chez les Duméril.
  4. Suzanne de Carondelet.
  5. Hippolyte Cloquet accompagne AMC Duméril dans sa tournée des jurys de médecine, comme secrétaire.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril à sa femme, p. 78-81)

Annexe

A Monsieur

Monsieur C. Duméril

Petite rue St Remy

à Amiens

Pour citer cette page

« Mardi 15 septembre 1812. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_15_septembre_1812&oldid=40726 (accédée le 17 août 2022).

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